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Sommaire de l’article
    Applications & usages Réseaux

    Trafic vidéo et sobriété numérique : ce que l’étude de la FFT révèle sur la responsabilité des éditeurs

    Le trafic vidéo représente désormais 72 % des flux sur les réseaux fixes et mobiles en France. Une étude pilotée par la Fédération Française des Télécoms (FFT) démontre que des pratiques d’écoconception simples, aujourd’hui disponibles, pourraient diviser ce trafic par deux et réduire massivement l’empreinte carbone des infrastructures télécoms.

     

    Un trafic qui s’emballe, des réseaux sous tension

    Le constat ne surprendra personne. Il suffit en effet de prendre le métro à l’heure de pointe et de regarder les usages numériques des autres passagers… Le trafic sur les réseaux fixe a bondi de 20 % entre 2022 et 2024. Sur les réseaux mobiles, la hausse atteint 40 % sur la même période. Derrière ces chiffres, une réalité bien connue des opérateurs : cinq acteurs internet  : Google, Netflix, Akamai, Meta et Amazon; concentrent 54 % du trafic IP en France. Le streaming vidéo domine les réseaux fixes, les réseaux sociaux saturent le mobile. Ce déséquilibre pèse directement sur les investissements et l’empreinte environnementale des infrastructures.

    Des débits qui varient du simple au double, voire au vingtuple

    Les mesures menées en laboratoire par Greenspector sur 15 services numériques et 411 points de mesure livrent des enseignements frappants. Sur smartphone, le débit des réseaux sociaux peut dépasser de 8 fois celui d’un service de streaming. Sur mobile cellulaire, les plateformes de streaming présentent des débits en mode automatique allant de moins de 1 Mbps à plus de 5 Mbps selon l’éditeur. Alignées sur le diffuseur le plus sobre, les autres plateformes pourraient baisser leur débit moyen de 63 %. Un écart colossal pour des contenus identiques.

    Le « data saver » : une arme efficace, encore trop peu activée par défaut

    Le combat est-il perdu d’avance ? La réponse est à chercher du côté du « mode data saver » qui existe déjà la plupart du temps. Et bonne nouvelle, l’étude démontre que cela fonctionne. Sur un smartphone récent, son activation réduit le débit de 84 % en moyenne. Pourtant, nombre d’éditeurs ne l’activent pas par défaut. Un seul réseau social testé propose un mode économie de données sans effet réel sur les débits. En rendant ce mode sobre automatique, les services de streaming vidéo et les réseaux sociaux pourraient économiser 80 % de leur consommation réseau. Ce gain ne dégrade pas l’expérience utilisateur : au-delà de 1 080p, la qualité vidéo supplémentaire n’est plus perçue sur mobile.

    Le scroll rapide, ennemi silencieux des réseaux mobiles

    Défiler vite sur TikTok ou Instagram coûte cher. Le défilement rapide consomme en moyenne 4 fois plus de données que le défilement lent, en raison de chargements vidéo qui ne seront jamais visionnés. Une étude citée dans le rapport établit que 44,2 % des données transmises pour les vidéos courtes ne servent à rien. Ajouter un bouton « afficher plus » à la place du scroll infini réduit le débit de 74 %. Désactiver la lecture automatique diminue le temps de session de 41 %. Ces fonctionnalités existent dans le RGESN. Leur adoption reste encore marginale.

    1 385 kt CO₂ en jeu d’ici 2030 : les opérateurs ne peuvent pas agir seuls

    Si toutes ces bonnes pratiques s’appliquaient massivement, le trafic à l’heure chargée baisserait de 54 % sur les réseaux fixes et de 51 % sur les réseaux mobiles. L’empreinte carbone des réseaux mobiles reculerait de 15 % dès 2024. Sur la période 2026-2030, 1 385 kt CO₂ eq pourraient être évitées — l’équivalent de 105 000 véhicules particuliers retirés de la route chaque année. La conclusion de l’étude est sans ambiguïté : la charge de la responsabilité doit cesser de reposer sur les seuls utilisateurs. Les éditeurs de contenus disposent de leviers puissants. Le RGESN les y invite. Il reste à les contraindre à l’appliquer.

    Le détail de cette étude est à retrouver ici.