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    Culture, patrimoine & tourisme

    Slow tourisme : l’Aube dévoile son livre blanc, fruit d’une longue expérience

    Le Slow Tourisme Lab de l’Aube vient de publier un livre blanc sur le sujet, fruit de plus de 10 ans d’expérimentation locale. Didier Leprince, Conseiller Départemental et Président d’Aube en Champagne Attractivité, revient pour Paroles d’élus sur cette démarche qui vise, au delà des frontières du Département, à transformer la ruralité française en destination touristique d’avenir. Slow Tourisme, un art de vivre mais aussi celui de dessiner les contours d’un tourisme responsable, créateur de valeur économique et sociale.

    Pour accéder au livre blanc, c’est par ici

    Paroles d’élus : Qu’est-ce qui a motivé la création de ce livre blanc sur le slow tourisme ?

    Didier Leprince : Nous travaillons sur le slow tourisme depuis plus de 10 ans au sein de l’agence d’attractivité Aube en Champagne. L’Aube est un territoire rural par définition, marqué par son histoire agricole, viticole et industrielle. Bien avant la Covid, nous avions le sentiment que cette ruralité pouvait devenir un lieu d’épanouissement et de bien-être. À travers le Slow Tourisme Lab, nous avons commencé à explorer et expérimenter ces territoires qui nous semblaient être des territoires d’avenir pour l’attractivité et le développement économique.

    Petit à petit, nous avons créé les conditions de cette exploration en faisant vivre des communautés et un véritable écosystème. De fil en aiguille, par rapport au contexte sociétal, nous avons observé une évolution structurelle des attentes des touristes : une volonté de prendre le temps, de voyager moins loin, d’avoir plus d’escapades que de longs séjours lointains, de privilégier la nature et les patrimoines vivants. Il y avait une envie d’aller à la rencontre des populations et de partager avec eux leur histoire, leur vie.

    Paroles d’élus : Quelle est l’ambition de ce livre blanc ?

    Didier Leprince : Le livre blanc s’adresse en priorité aux acteurs qui vont développer ces projets. C’est vraiment un cadre pour un tourisme citoyen, apaisé, créateur de valeur éco-éthique. Une vision qui dépasse le tourisme. Nous avons dépassé l’étape de l’incubateur, nous nous voulons animateurs de communauté.

    Notre ambition est nationale et elle est assumée. Ce que nous proposons aujourd’hui en effet, à partir de ce livre blanc, c’est la création d’un plan slow tourisme France pour passer de l’expérimentation locale à une vraie politique publique nationale. La France doit accompagner des projets sur tout le territoire national.

    Notre vision s’appuie sur deux grands rails : d’abord, le plan slow tourisme avec ses axes stratégiques pour réussir. Ensuite, la mise en place d’un dispositif national de financement que nous appelons de nos voeux. Ces projets touristiques responsables nécessitent en effet des fonds publics, mais aussi du mécénat et des investissements à impact. Quelqu’un qui veut être acteur de développement peut y placer ses finances. Elles rapporteront peut-être moins que des placements classiques, mais elles garantissent une contribution sociétale et citoyenne au développement économique.

    Paroles d’élus : Comment le numérique et la data s’intègrent-ils dans votre démarche ?

    Didier Leprince : Le pilotage par la donnée est absolument essentiel dans notre approche. L’intelligence artificielle, au sens large, nous permet aujourd’hui de vérifier qu’on a bien mis tous les acteurs en synergie. Elle nous permet de voir qui vient nous visiter, quel type de profil de public, et comment on peut se réinterroger.

    Aujourd’hui, faire des petits comptages à la mairie, dans les offices de tourisme, dans les hôtels, et les synthétiser, c’est dépassé. Il existe des solutions vraiment performantes à l’instar de Flux Vision. Cette solution est basée sur l’analyse des données anonymisées issus du réseau mobile grand public d’Orange. Nous avons ainsi à portée de main, un véritable tableau de bord. Orange nous donnent des analyses avec beaucoup de finesse.  Cette dimension numérique est cruciale pour mesurer notre impact et ajuster nos stratégies en temps réel.

    Paroles d’élus : Quels sont les leviers opérationnels du livre blanc ?

    Didier Leprince : Le livre blanc propose plusieurs axes structurants. D’abord, la structuration économique. Le vrai sujet, c’est comment faire vivre ces offres toute l’année, comment les rendre visibles, équilibrées et durables. Ensuite, nous accompagnons la création d’offres éco-sensibles qui privilégient la qualité, le soin et l’expérience plutôt que la quantité. Les attentes changent petit à petit et il faut que les gens se sentent concernés par le territoire et par les rencontres qu’ils vont faire.

    Le travail sur les récits et l’imaginaire est aussi très important. Dans chaque commune de France, il y a des pépites incroyables. Quand on commence à sortir des archives, à mettre en avant un monument, une église, une source, une forêt, l’histoire agricole ou économique locale, ça séduit vraiment les gens. Chacun a pu en faire l’expérience : Les visiteurs, quand ils rentrent de vacances, racontent des rencontres : « Un soir, on est allé boire un verre et on est tombé sur un ancien qui nous a raconté son histoire. C’était fou. » Ça, c’est de la vraie vie !

    La mobilité est un autre sujet crucial. Il faut que les gens puissent arriver chez nous, ce sont les fameux derniers kilomètres. Donc, avec tout ce qu’on peut imaginer : les voies douces, les réseaux de véhicules électriques, le déplacement collectif, le covoiturage. Ce sujet est majeur pour que le système trouve son équilibre économique et qu’il puisse servir aussi aux locaux. La mobilité concerne le touriste, mais aussi les acteurs locaux.

    Paroles d’élus : À qui s’adresse le slow tourisme ?

    Didier Leprince : Le public visé par le slow tourisme est très diversifié. Ceux qui, après la Covid, veulent s’assurer d’un tourisme futur et apaisé, plutôt pleine nature. C’est un public qui a cette envie de ralentir, de prendre le temps de vivre. On trouve des célibataires ou des couples qui ont envie d’être dans l’émotion, la découverte et l’échange avec celui qui accueille. Des familles aussi, car le slow tourisme se retrouve dans le renforcement de l’hébergement de plein air, avec des campings repensés. Et des jeunes qui ne veulent plus consommer n’importe comment et veulent être vertueux.

    Paroles d’élus : Votre livre blanc développe également la dimension internationale de votre démarche…

    Didier Leprince : Nous avons notamment développé des échanges très riches avec le Québec. Ce n’est pas un hasard : beaucoup de nos ancêtres sont allés bâtir la Nouvelle-France. Quand les Québécois reviennent, ils viennent à la recherche de ce tourisme d’histoire familiale, pour retrouver les racines de leurs ancêtres.

    Nous avons créé un rendez-vous régulier avec nos amis québécois, notamment autour d’une mission à Val-Jalbert. Nous partageons nos expériences. Au début, quand on parlait de ralentir, certains riaient : « Pourquoi ralentir ? Dans l’économie, on ne ralentit pas. » Notre département a été pionnier. Nous avons recherché à ce que l’économie concorde avec l’environnement et la dimension humaine. Aujourd’hui, pour que ça marche, il faut cocher économie, social et environnemental. C’est la combinaison gagnante.

    Paroles d’élus : Comment articuler ruralité et villes dans cette démarche ?

    Didier Leprince : Les métropoles ou les villes comme Troyes sont des points centraux pour le développement du tourisme rural. On ne peut pas faire sans. La ruralité auboise a besoin de Troyes, et Troyes a besoin de cette ruralité. La ville reste le point d’ancrage au départ et l’activité économique pour les locaux.

    On parle souvent de surtourisme. Certains maires commencent à s’inquiéter et à réguler les locations, notamment Airbnb, parce que la ville se transforme et ne permet plus aux locaux de trouver de l’hébergement. La ruralité n’en est pas là, mais il y a un écosystème qui doit être respecté et associé au développement. C’est essentiel.

    Notre objectif, c’est de diffuser le livre blanc et d’accompagner, avec nos partenaires, d’autres territoires dans cette démarche de slow tourisme et développement au niveau de la ruralité. Nous sommes prêts à partager cette expérience pour que les territoires ruraux français deviennent les destinations touristiques de demain.