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    Végétal, territoire et numérique : la Ressourceraie signe avec HexaDone au forum Heritech

    Focus aujourd’hui sur un partenariat qui marie végétal et numérique. Signé lors du forum Heritech à Tours, en présence du président de Région François Bonneau, l’accord entre la Ressourceraie et HexaDone ambitionne de transformer en données exploitables ce que personne n’avait encore osé numériser : la mémoire vivante du patrimoine végétal. Derrière ce projet atypique, Arnaud Lebert, fondateur de la Ressourceraie, artisan du végétal et chasseur de savoirs oubliés.

    Paroles d’élus : Qu’est-ce que la Ressourceraie et quelle est votre approche du végétal ?

    Arnaud Lebert : La Ressourceraie est née d’un constat simple : agriculteurs et artisans partagent la même réalité économique difficile, alors même qu’ils détiennent des talents considérables. Mon père était ébéniste. Il gagnait 700 à 800 euros de retraite par mois. C’est ce qui m’a conduit à réfléchir à comment valoriser davantage la ressource végétale. Concrètement, notre démarche consiste à ne rien gâcher du végétal. Prenez la tomate : on la vend en supermarché, on en fait du jus ou du ketchup. Mais qu’est-ce qu’on fait des pépins, des tiges, des feuilles ? Nous travaillons à trouver des solutions de valorisation dans cinq secteurs : l’alimentation, la cosmétique, le textile, les biomatériaux et les colorants. Ainsi, les pépins de tomate partent en cosmétique, les tiges sont en cours de transformation en fibre textile. L’objectif est d’apporter des revenus supplémentaires à l’agriculteur grâce à cette valorisation transversale.

    Paroles d’élus : Pourquoi le modèle artisanal est-il central dans votre démarche ?

    Arnaud Lebert : L’industrie pense en gros volumes dès le départ. Elle attend les résultats complets d’une recherche sur deux ou trois ans avant d’investir. L’artisan, lui, peut se saisir des résultats intermédiaires. Il expérimente sur de petits volumes, valide des process, puis l’industriel prend le relais pour dupliquer à grande échelle. C’est un maillage, pas une opposition. Je crois qu’on a tous besoin les uns des autres : paysans, artisans et industriels. La Ressourceraie réunit des chercheurs et des ingénieurs de multiples spécialités. Ils travaillent avec des écoles et centres de recherche en France et à l’étranger. Quand vous mixez tout ça, il se passe des choses.

    Paroles d’élus : Pouvez-vous nous donner un exemple concret de ce que cela produit ?

    Arnaud Lebert : J’en ai un qui me tient particulièrement à cœur. À Tours, il existe une maison qui tisse la soie depuis 1660 : la Maison ROZE. Elle était en liquidation. Je l’ai reprise. Aujourd’hui, nous tissons de l’algue, de l’orange, et demain nous tisserons de la tomate. En parallèle, nous relançons la filière de la soie. Nous replantons des mûriers blancs de façon expérimentale : 2 500 à 3 000 arbres en 2025-2026, en Touraine, en Berry et en Sologne. Fin mai, je me rends en Toscane et à Valence en Espagne pour y faire de même. Mais ce qui est fondamental, c’est que nous partons toujours de la diversité variétale. Nous réunissons des collections dans les châteaux en Val-de-Loire. On parle ici de centaines de variétés de tomates, de fraises, de pêchers avec pour objectifs d’en étudier les propriétés.

    Paroles d’élus : Comment est née l’idée d’un partenariat entre la Ressourceraie et HexaDone ?

    Arnaud Lebert : Tout a commencé par un besoin très concret. Nous avions des données sur ces collections variétales stockées dans des fichiers Excel : champs descriptifs, photos, observations. C’est par ce chemin que nous sommes arrivés vers Orange, puis vers HexaDone. Mais au-delà de la base de données classique, ce qui m’intéresse profondément, c’est la connaissance orale. Mon père avait des savoirs incroyables sur le bois. Il est décédé. Je n’ai rien de ce qu’il savait. La même chose se passe dans le monde végétal : un jardinier passionné vous dit un jour que la peau d’une variété de tomate s’épaissit au soleil. Ce n’est pas scientifique, c’est de l’observation. Mais grâce à l’IA, on peut croiser cette donnée avec d’autres et déclencher une recherche sur, par exemple, une propriété solaire de cette peau. C’est précisément là que j’ai besoin d’HexaDone.

    Paroles d’élus : En quoi HexaDone répond-elle spécifiquement à ce besoin ?

    Arnaud Lebert : HexaDone est une co-entreprise de la Banque des Territoires et d’Orange. Sa plateforme permet d’agréger, de qualifier et d’exploiter des données dans un environnement souverain et sécurisé. Pour nous, cela signifie centraliser nos informations métiers, organiser les données variétales, suivre les indicateurs clés et automatiser certains processus. Mais la vraie valeur du partenariat est ailleurs. Nous allons enrichir cette base avec des témoignages : des jardiniers de collectivités, des passionnés, des chercheurs. Grâce à l’IA et aux mots-clés, nous pourrons faire émerger des pistes de recherche que personne n’aurait imaginées seul. La contrepartie du contrat, c’est d’être ensemble au service des collectivités. Cela signifie les aider dans la gestion du végétal, de la biodiversité urbaine et rurale.

    Paroles d’élus : Quel avenir envisagez-vous pour ce partenariat entre la Ressourceraie et HexaDone, et quelle est sa portée territoriale ?

    Arnaud Lebert : La signature a eu lieu au forum Heritech, en présence du président de Région François Bonneau. Ce n’est pas un hasard : nous voulons d’abord expérimenter en Centre-Val de Loire, avant de déployer en France et au-delà. Notre territoire s’y prête bien. Entre Orléans et Angers, c’est le Jardin de la France. Uune histoire végétale liée aux châteaux, à la cour royale, aux chercheurs et aux artistes. Nous avons un ancrage fort : un domaine de 70 à 80 hectares près de Châteauroux. Il est dédié aux plantations expérimentales et à la préservation du patrimoine végétal. Donc ce partenariat démarre sur quelque chose de solide. Il peut ensuite rebondir sur d’autres choses : l’agrivoltaïque, les espaces verts des villes, les jardins de châteaux. On démarre par un point d’appui fort, puis on développe autour. C’est un projet de longue durée, et on en voit déjà les enjeux.