Partagez cet article
Sommaire de l’article
    Inclusion

    « Les Cafés IA : redonner la parole aux citoyens sur l’intelligence artificielle »

    SÉRIE D’ENTRETIENS — SEMAINE DE L’IA POUR TOUS #1

    Paroles d’élus est partenaire de la Semaine de l’IA pour tous, événement national organisé du 18 au 24 mai 2026 sous le haut patronage du Ministère délégué chargé de l’Intelligence artificielle et du Numérique. À cette occasion, nous lançons une série d’entretiens pour vous faire découvrir les organisateurs et les participants qui donnent vie à cet événement. Première de cette série, Cécile Ravaux, Directrice de la mission Café IA, nous explique comment des ateliers citoyens décentralisés, conçus pour être accessibles à tous, cherchent à faire de l’intelligence artificielle une culture populaire.

    Paroles d’élus : Pouvez-vous nous présenter la Semaine de l’IA pour tous et ses origines ?

    Cécile Ravaux : La Semaine de l’IA pour tous réunit trois coporteurs : la mission Café IA, la Mednum et la fondation make.org, qui a l’habitude d’organiser des semaines nationales et de mener des consultations citoyennes. L’idée de départ était simple : créer un événement national pour toucher le plus grand nombre de citoyens et les informer sur ce que représente l’IA.

    En effet, la fracture numérique va s’accentuer considérablement avec les avancées de l’intelligence artificielle. Ainsi, l’objectif est de permettre aux citoyens d’avoir un regard plus éclairé sur leur utilisation de cette technologie.

    Paroles d’élus : S’agit-il d’une initiative qui vient du terrain, ou y a-t-il un pilotage institutionnel derrière ?

    Cécile Ravaux : C’est avant tout une démarche nationale et citoyenne, autonome dans son fonctionnement. La mission Café IA s’inscrit dans une politique publique d’inclusion numérique, au sein du ministère des Économies et des Finances, mais elle agit de façon indépendante. La mission a d’abord été lancée dans le cadre du Conseil national du numérique, il y a un an et demi. En septembre dernier, ce conseil est devenu le Conseil de l’IA et du numérique ; une instance désormais indépendante. Parallèlement, la mission Café IA a été rattachée à la Direction générale des entreprises pour disposer d’une équipe dédiée.

    Paroles d’élus : Comment la mission Cafés IA prend-elle part concrètement à cette semaine nationale ?

    Cécile Ravaux : Nous avons rejoint la Mednum, qui pilote notamment le déploiement des conseillers numériques sur le territoire. Notre dispositif leur permet de sensibiliser leur public, c’est-à-dire les citoyens, aux enjeux de l’IA.

    La démarche Café IA a un an et demi d’existence. En un an, elle a constitué une communauté de plus de 1 500 animateurs sur l’ensemble du territoire, dans les DOM-TOM comme en France métropolitaine. Ce sont essentiellement des conseillers numériques, des médiateurs, mais aussi des porteurs d’initiatives qui veulent donner du sens à leur engagement. Notre objectif, fixé au niveau gouvernemental, est de toucher 2 millions de personnes d’ici 2027.

    Concrètement, tout le monde peut animer un Café IA, avec ou sans connaissances en intelligence artificielle. Ce ne sont pas des échanges descendants : on part d’un vrai débat citoyen, on écoute les gens, on balaye leurs craintes. L’animateur n’est jamais en position de sachant imposé. Pour accompagner celles et ceux qui souhaitent se lancer, nous organisons chaque jeudi, de 13h30 à 15h, des cafés animations en ligne pour présenter les formats et les ressources disponibles. Il n’y a aucune obligation de se former. C’est simplement pour rassurer les gens et leur montrer qu’ils sont tout à fait légitimes à mettre en place un Café IA. Ce sont les jeux et les outils qui guident les échanges, pas l’animateur.

    Paroles d’élus : Quelles ressources proposez-vous aux animateurs des Cafés IA et aux citoyens ?

    Cécile Ravaux : Nous proposons des ressources vulgarisées, accessibles à tous et en open source. Elles couvrent des thèmes comme l’IA et l’information, l’IA et l’environnement, ou encore l’IA et le travail — des travaux réalisés avec des partenaires institutionnels comme l’ARCOM ou l’ADEME. L’idée est de partir des grands dossiers de recherche existants pour les simplifier, afin qu’ils soient compréhensibles par le plus grand nombre, sans perdre en rigueur.

    Par exemple, nous avons produit vingt cartes sur l’impact énergétique de l’IA. Elles sont utilisées en exposition dans des entreprises, des associations, des tiers-lieux ou des Fab Labs, pour informer avant même qu’un Café IA ne soit organisé. Le Café IA arrive ensuite en complément : il crée un temps d’échange pour écouter les gens, débattre en toute bienveillance. Lors de ces ateliers, on utilise très peu d’ordinateurs. On privilégie les jeux, les ateliers d’écriture comme Microdistopie, les formats qui permettent d’aborder les enjeux éthiques, environnementaux ou sécuritaires de l’IA de façon ludique.

    Ce qui est frappant, c’est que les participants se rendent compte qu’ils se posent tous les mêmes questions ; sur les deepfakes, la désinformation, la protection des données personnelles. Rien que ce constat crée une vraie prise de conscience collective. Les gens se rassurent mutuellement. Et la communauté d’animateurs elle-même contribue? Ainsi elle nous remonte des besoins. Elle identifie également des ressources pertinentes. Nous les validons avant de les partager à l’ensemble du réseau.

    Paroles d’élus : Comment les retours de terrain remontent-ils vers vous ? Disposez-vous d’un baromètre des préoccupations citoyennes ?

    Cécile Ravaux : Nous avons publié en début d’année une cartographie nationale recensant l’ensemble des Cafés IA organisés sur le territoire. Les animateurs peuvent y référencer leurs événements et les participants trouver un atelier près de chez eux.

    Depuis cette carte, nous proposons des formulaires de retour d’expérience, aussi bien pour les animateurs que pour les participants. Cela nous permet d’identifier de nouveaux sujets. Je pense à la parentalité ou à la protection des enfants, l’école . Mais aussi de diffuser à toute la communauté des ressources validées par notre équipe. C’est vraiment un mouvement qui se construit collectivement.

    Paroles d’élus : Qu’est-ce qu’un Café IA réussi, selon vous ?

    Cécile Ravaux : C’est un café où les gens ne veulent pas partir. Et c’est ce qui se passe tout le temps. On limite les sessions à vingt participants maximum, ce qui favorise un échange authentique. Les gens se rendent compte que leurs craintes sont partagées, que leurs questions sont légitimes.

    Par exemple, autour de Carcassonne, 2 agriculteurs ont découvert la méthode Café IA en cherchant un outil de démocratie de proximité. Ils voulaient au départ expliquer leurs pratiques à leurs voisins. Aujourd’hui, ils organisent des Cafés IA sur la technologie et l’agriculture. Les habitants ont pris l’habitude de se retrouver le samedi, et la mairie soutient l’initiative. C’est exactement ça, l’esprit du Café IA : recréer du lien et de la démocratie participative, au plus près des territoires.