Vincent Courboulay « Le numérique, c’est une pièce avec deux faces : ni solution miracle, ni grand péril »

Maître de conférences à l’Université de La Rochelle et membre de l’Institut du Numérique Responsable, Vincent Courboulay a accordé cet entretien à Paroles d’élus en marge du congrès annuel de Villes Internet, à Agen. L’occasion de revenir sur la genèse de l’INR, sur son rôle dans l’attribution des Arobases vertes, et sur les outils concrets qu’il propose aux collectivités pour faire du numérique un levier vraiment responsable.
Paroles d’élus : Quelle est l’origine de l’Institut du Numérique Responsable ?
Vincent Courboulay : Le cadre université offrait un certains nombres de ressources, mais pas tous les leviers dont nous avions besoin. L’origine, c’est donc une réflexion : « Mince, il y a des choses que je ne peux pas faire avec une université, mais que j’aimerais bien pouvoir faire. J’aimerais qu’on soit plusieurs à avoir plus de leviers d’action, plus de leviers de lobbying, de plaidoyer, d’influence. » On s’est dit qu’à ce moment-là, peut-être que l’association loi 1901, c’est l’outil idéal. Rien à prouver, rien à vendre, à part contribuer à changer le monde en ayant un fonctionnement le plus transparent possible.
Paroles d’élus : Qui retrouve-t-on dans cette association ?
Vincent Courboulay : Tout l’écosystème du numérique territorial ! Des enseignants-chercheurs, des grandes organisations, des TPE, des PME, des entreprises du numérique, mais aussi des régions, des départements, des grandes villes et des petites. C’est une auberge espagnole où les gens viennent, prennent, donnent, et parfois s’en vont ou restent. Ce qui les réunit, c’est la volonté d’un numérique plus durable et plus responsable.
Paroles d’élus : Quels ont été les principaux messages de votre keynote ici à Agen ?
Vincent Courboulay : Une pièce de monnaie. Elle a un recto, un verso, et une valeur. Le numérique, c’est exactement ça : ni la solution à tout, ni la source de tous les maux. On peut le gaspiller comme on peut en faire quelque chose d’utile. Mon message, c’est : ne simplifions pas. Ne tombons pas dans la béatitude ni dans la crainte excessive. Regardons cet objet qui est partout, sous toutes ses coutures, et faisons-en quelque chose d’utile.
Paroles d’élus : Êtes-vous engagé dans l’attribution des Arobases vertes ?
Vincent Courboulay : Oui et même dès l’origine du dispositif. Je suis allé frapper à la porte de Villes Internet avec un projet d’intégration du numérique responsable dans leurs critères. Ils m’ont répondu qu’ils avaient mieux : créer une arobase thématique dédiée. Résultat, l’arobase verte existe aujourd’hui et fonctionne très bien. On se répartit les dossiers, on croise nos regards, et on valorise les collectivités — jamais pour les pointer du doigt, toujours pour les encourager à faire mieux. La bienveillance, c’est le moteur.
Paroles d’élus : Avez-vous identifié des projets pouvant être facilement mis en place ?
Vincent Courboulay : Les pratiques standard, on les connaît : allongement de la durée de vie des équipements, achats responsables, mise à disposition d’outils pour les services publics. Mais certains dossiers surprennent vraiment. La communication de crise numérique, la démocratie participative en ligne, l’open data citoyen… Des approches auxquelles on n’aurait pas pensé spontanément. La richesse des territoires est sans fin. Moi, j’y apprends quelque chose à chaque fois.
Paroles d’élus : L’Internet des objets est-il forcément à ranger dans la catégorie du numérique responsable ?
Vincent Courboulay : Clairement pas. Quand on déploie des capteurs juste pour avoir de la data, c’est souvent un échec coûteux qui embarque la collectivité sur de mauvaises voies. En revanche, quand il y a un vrai besoin — limiter les fuites d’eau, optimiser les réseaux énergétiques, mieux positionner les pistes cyclables — la technologie devient naturellement utile. La règle est simple : c’est le besoin qui justifie l’outil, jamais l’inverse.
Paroles d’élus : Proposez-vous aux futurs nouveaux élus des outils pour les accompagner ?
Vincent Courboulay : Deux ressources complémentaires. D’abord, le guide de déploiement d’une stratégie numérique responsable, publié par Les Interconnectés et l’INR — gratuit, en dix étapes, pour construire son schéma directeur avec tous les acteurs autour de la table. Ensuite, une dizaine d’indicateurs de pilotage — accessibilité, sobriété, achats — bientôt disponibles gratuitement. Ce qui compte vraiment, c’est de collecter ces données pour bâtir un observatoire commun et partager les bonnes pratiques. Parce que les journées font 24 heures, et le numérique n’est qu’un enjeu parmi d’autres.





