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    Environnement & gestion des ressources

    Julien Denormandie : « Le sol est un ami précieux que nous devrions écouter »

    Ingénieur agronome de formation, Julien Denormandie publie Le Chant du Sol, un conte qui redonne voix à un personnage ignoré de nos sociétés : la terre sous nos pieds. Rencontre avec ancien Ministre convaincu que la littérature peut changer les regards là où l’explication scientifique ne suffit plus à créer le sursaut.

    Paroles d’élus : Vous avez choisi la forme du conte pour parler des sols. Pourquoi ce choix ?

    Julien Denormandie : La littérature permet de raconter quelque chose de faux tout en ne parlant que de choses vraies. Dans ce conte, le sol se met en grève. Fort heureusement, cela n’arrive pas. Mais tous les personnages existent ou sont inspirés de gens que j’ai rencontrés. Tous les lieux sont réels. Tous les faits sont vérifiés. C’est la force de ce format : emmener le lecteur dans une réflexion profonde à partir d’une fiction, sans jamais trahir la réalité.

    Paroles d’élus : Qui sont ces personnages qui vivent la « grève du sol » ?

    Julien Denormandie : Cinq figures traversent le récit. Victor, un scientifique. Abel, un jeune agriculteur. Madame Germain, qui travaille chez un promoteur immobilier. Monsieur Firma, chef d’entreprise. Et Gaïa, une enfant. Ces cinq personnes avancent d’interrogation en interrogation, d’action en action. Elles font face à l’impensable. Ce faisant, elles nous mènent, nous lecteurs, vers une véritable rencontre avec le sol comme entité vivante.

    Paroles d’élus : Pourquoi dites-vous que le sol est « ignoré » aujourd’hui ?

    Julien Denormandie : Regardez une carte Michelin ou une application de navigation : le sol apparaît en blanc. La couleur du vide. Alors que c’est là que bat la vie. Le sol capte deux fois plus de carbone que l’atmosphère. Il abrite près de 60 % de notre biodiversité. Sans lui, il n’y aurait pas de rivières. Et pourtant, 60 à 70 % des sols européens sont dégradés. On parle beaucoup de l’eau, de la forêt. Le sol, lui, a une autre image : l’inertie, l’enfouissement. Il faut inverser cela.

    Paroles d’élus : D’où vient votre attachement personnel à la terre ?

    Julien Denormandie : Il vient de plusieurs sources à la fois. De mes racines familiales, d’abord. De ma formation ensuite : je suis ingénieur agronome et ingénieur des Eaux et Forêts. Et de mes combats, enfin. L’eau m’a toujours fasciné. Elle est présente dans toutes nos religions, dans nos rituels de purification, dans notre rapport à la vie. La forêt aussi. Le sol, c’est venu plus tard, mais avec une conviction forte : il nous veut du bien. C’est un allié que nous maltraitons.

    Paroles d’élus : Ce livre s’adresse-t-il à tous les publics ?

    Julien Denormandie : C’est l’une de ses ambitions. Les adultes y trouveront une réflexion sur nos choix collectifs et nos responsabilités. Les jeunes lecteurs y découvriront, dès maintenant, l’importance de nos sols. Ce n’est pas un manuel scientifique. C’est une invitation à changer de regard. Si un enfant referme ce livre en se disant que le sol est vivant et qu’il mérite notre respect, alors ce conte aura rempli sa mission.

    Pour en savoir davantage sur ce livre, c’est par ici.