Frédéric Leturque : « Il faut renforcer encore le travail de médiation numérique »

En marge du 107ème Congrès des Maires, le maire d’Arras et président de la communauté urbaine d’Arras est revenu pour Paroles d’élus sur l’accompagnement numérique des citoyens. Fort de l’expérience de la 8ème édition du mois du numérique, il plaide pour une éducation continue face à une société en transformation rapide.
Paroles d’Élus : Quel bilan tirez-vous de cette 8ème édition du mois du numérique en mars dernier ?
Frédéric Leturque : Un bilan positif. À chaque fois, on mobilise beaucoup d’acteurs et de partenaires. La population est au rendez-vous. Mais une leçon s’impose : on n’a pas fini de faire des mois du numérique. On se rend compte que la population vit une transformation de société qui va très vite. Le citoyen a parfois du mal à trouver ses repères, à suivre. Il faut absolument renforcer ce travail d’éducation numérique dès le plus jeune âge. L’accompagnement concerne aussi les populations fragiles, celles qui vieillissent. Certains utilisent beaucoup leur téléphone pour les jeux ou les réseaux sociaux, mais pas pour des applications ou des démarches administratives. On a besoin de renforcer ce travail de médiation. On le fait depuis un certain nombre d’années, mais surtout depuis qu’on s’est rendu compte que nos propres organisations évoluaient.
Paroles d’Élus : Toutes les communes de votre communauté urbaine ont-elles participées ?
Frédéric Leturque : Toutes les communes sont impliquées. Le projet couvre vraiment tout le territoire. Par contre, on a des accélérateurs d’action : les centres sociaux et les Maisons France Services. Ces dernières, initiées par l’ANCT et le gouvernement, ont permis de mailler le territoire. Elles font un travail au côté des habitants, des usagers qui viennent vers nous. Les centres sociaux organisent des ateliers qui rassemblent des populations diverses. Ils permettent vraiment de les accueillir et de les accompagner sur des démarches parfois complexes et inaccessibles. Ce mois du numérique est renforcé par un grand rendez-vous qu’on fait tous les deux ans : le numérique lent. Il s’adresse davantage au monde professionnel, aux entreprises.
Paroles d’Élus : Quelle différence d’approche entre le particulier et l’entreprise ?
Frédéric Leturque : Deux choses. L’usager a besoin de comprendre comment une application peut lui permettre d’accéder à un service public. Il doit comprendre à quoi sert un ordinateur, un téléphone portable, au-delà des jeux et réseaux sociaux. L’usager a aussi besoin de mesurer que les outils à sa disposition doivent être sécurisés. On l’aide à ne pas simplement répondre à des sollicitations. On fait attention au dévoiement d’usages ou à la manière dont on viendrait pirater ses adresses numériques.
L’entreprise, elle, a besoin de voir que le territoire est moderne. Qu’il s’intéresse à l’intelligence artificielle. Que le numérique est un champ de développement économique. On essaye de mettre la fibre ou un niveau d’infrastructure au rendez-vous de la puissance dont les entreprises ont besoin. Orange, par exemple, est un accélérateur. Mais d’autres le font aussi.
Paroles d’Élus : Vous avez organisé le jeu « La bataille de l’IA ». De quoi s’agit-il ?
Frédéric Leturque : C’est une manière de montrer que l’intelligence artificielle peut se dévoiler aussi par le jeu, avec les familles. C’est un outil qui sert à faciliter le quotidien. Quand on l’interroge posément, elle peut faciliter, accélérer, renforcer la capacité de tout individu à obtenir des réponses à des questions complexes. C’est une manière de jouer, un peu comme des joutes verbales et poétiques. Ça marque les esprits. Ça aide les jeunes et les moins jeunes à s’initier. Enfin, cela permet aux familles de se retrouver autour de ce type d’action.
Paroles d’Élus : Ces échanges autour de l’IA et de la numérisation vous aident-ils dans vos choix d’élus ?
Frédéric Leturque : Oui. Je pense qu’on ne peut pas travailler sur un projet de développement, sur un projet de territoire sans intégrer la place qu’occupe et qu’occupera demain le numérique au sens global, à 360 degrés. On ne peut pas imaginer le fonctionnement et l’organisation des services sans y faire référence. On ne peut pas imaginer l’aménagement du territoire sans l’organiser et le prévoir, y compris quand on construit un nouvel immeuble. Quand on fait un nouveau quartier, on ne peut pas ne pas passer la fibre. Ça fait 25 ans qu’on y pense. Le territoire a été l’un des premiers à organiser la boucle locale numérique. Cette boucle a permis au territoire d’avoir des longueurs d’avance dans le développement du numérique dans le monde de l’entreprise. Elle a accéléré la prise de conscience du numérique auprès de nos populations.
Paroles d’Élus : L’accompagnement semble être la clé de l’appropriation du numérique ?
Frédéric Leturque : Il ne faut pas sous-estimer la capacité du citoyen à s’adapter. L’homme ou la femme se sont largement adaptés depuis ces derniers siècles à l’évolution de la société. Il suffit de regarder comment la vie a été transformée sur le 19ème siècle, comment le 20ème siècle a mis sur la table un certain nombre de révolutions. Nous sommes engagés dans une nouvelle révolution de société. Il ne faut pas nager à contre-courant.
Il faut prendre le couloir et essayer de faire que tout le monde monte dans cette nouvelle société, dans ce train de modernité. Tout le monde n’a pas la même capacité. Le rôle de la société, c’est de tendre la main à chacun. À l’école et dès le plus jeune âge, on a besoin d’éduquer sur ce rapport au numérique, ce rapport à l’image, à des outils qui ne sont pas toujours utilisés à bon escient. C’est ce que l’on constate dans un certain nombre d’évaluations et d’études. Il faut avancer, mais en même temps regarder les choses avec clairvoyance.


