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    Cybersécurité Réseaux

    Dans les coulisses de l’organisation des États généraux des RIP 2026

    Le 15e anniversaire des États généraux des RIP 2026 approche à grands pas. Derrière l’événement qui donnera, cette année encore, le ton de la filière THD, le 31 mars prochain à Deauville, il y a plusieurs mois de préparation, des arbitrages et des rencontres où les arguments s’affrontent avant même que les micros ne s’allument. Sébastien Côte, organisateur de l’événement, nous raconte comment se fabrique ce rendez-vous… et pourquoi cette année, peut-être encore plus que les autres, le programme veut être le porte-voix d’un message d’urgence.

    Paroles d’élus : Comment et quand s’est construit le programme des États généraux des RIP 2026 ?

    Sébastien Côte : La mécanique tient en un comité de pilotage, réuni chaque novembre avec les deux partenaires cofondateurs : la communauté de communes Cœur-Côte-Fleury et Infranum. Cinq mois avant l’événement, on pose les sujets sur la table : où en est le déploiement ? Quels problèmes émergent ? Lesquels traînent depuis des années ? Cette année, plusieurs dossiers brûlants ont naturellement orienté le programme. L’ARCEP venait de lancer sa consultation, Patrick Chaize avait relancé le débat sur le déséquilibre économique des RIP face aux zones denses, et surtout, la question du financement à long terme de ces réseaux revenait au premier plan avec une acuité nouvelle. Tant qu’on déploie, on avance sans trop se poser la question. Mais là, on approche de la fin du déploiement, et cette question remonte à la surface de manière extrêmement aiguë.

    Paroles d’élus : Pourquoi la résilience s’est-elle imposée comme thème central ?

    Sébastien Côte : Ciara, Gaëtan, les incendies dans l’Aude, les glissements de terrain : les aléas climatiques ont frappé fort ces dernières années et la question de la résistance des réseaux n’est plus théorique. Elle est concrète, urgente. Un enseignement s’est d’ailleurs imposé à beaucoup d’élus locaux : un poteau, c’est moche, mais c’est plus facile à relever qu’une fibre enfouie sous une zone inondée. L’enfouissement systématique, longtemps présenté comme la solution, s’avère parfois le pire des choix. Derrière ça, il y a aussi une question plus large : comment remet-on en route un réseau le plus vite possible après un aléa ? Comment propose-t-on des alternatives temporaires pour des entreprises ou des hôpitaux qui en ont un besoin critique ? C’est cette question du schéma de résilience qu’il est temps de vraiment mettre sur la table.

    Paroles d’élus : La question de la « souveraineté numérique » est aussi au cœur de l’actualité. Comment avez-vous décidé de l’aborder lors de cette édition ?

    Sébastien Côte : Les RIP constituent une infrastructure stratégique, au même titre que l’électricité ou l’eau. Dans le contexte géopolitique troublé qui est le notre, ils peuvent faire l’objet de cyberattaques, de sabotages délibérés, bien au-delà du simple vandalisme à la petite semaine. Et comme on est en train d’éteindre le cuivre, la fibre devient le seul réseau. Le système de données français repose sur trois piliers,  les terminaux, les data centers et les réseaux , et oublier l’un d’eux, c’est creuser une faille colossale. Le programme Horizon Numérique 2030, lancé fin février par Olivier Sichel, intègre ce volet souveraineté. Mais il ne faut pas oublier que les données transitent en permanence et qu’elles peuvent être captées en chemin. Si on sécurise les data centers sans sécuriser les réseaux, on laisse une porte grande ouverte.

    Paroles d’élus : Qu’est-ce qui se joue dans les coulisses, en dehors des tables rondes ?

    Sébastien Côte : La veille de l’événement, un dîner réunit partenaires et VIP. En toute convivialité, les arguments se frottent, la recevabilité des positions se teste. Mais le lendemain, tout le monde arrive frais : il n’y a pas de réunion préalable collective, juste un entretien individuel avec chaque intervenant. Ce n’est pas calé à la virgule près — ce n’est même pas calé du tout. Ce qui fait que parfois, ça frotte, et parfois très fort. Les EGRIP ne sont pas là pour faire semblant que tout va bien. Et d’ailleurs, si la filière fonctionne bien depuis le début c’est parce qu’elle est public-privé, qu’elle est capable de se dire les choses, et qu’une fois qu’elle se les dit, elle trouve des solutions. La confrontation fait partie du jeu… et souvent de la solution.

    Paroles d’élus : Quel message fort doit marquer selon vous cette édition 2026 des États généraux des RIP ?

    Sébastien Côte : Un double appel, net et sans détour. D’abord, mettre enfin en place un fonds de péréquation pour ces réseaux. La France a construit la première infrastructure de ce type en Europe, un modèle reconnu partout dans le monde. Ce serait absurde d’en faire un colosse aux pieds d’argile faute d’un financement pérenne. Et ça ne coûtera pas si cher. Ensuite, un appel à l’intercommunalité : s’emparer pleinement de la compétence numérique et en faire le socle du développement économique local. Les TPE-PME des territoires accusent un retard persistant, la France se situe entre la 20e et la 24e place en Europe sur l’adoption du numérique par ces entreprises-là. Les réseaux sont déployés, ils sont de très bonne qualité. Il est temps que l’intercommunalité s’en saisisse vraiment. Parce qu’on ne construit pas des autoroutes de l’information pour voir rouler dessus uniquement des voitures américaines et chinoises.