Damien Couval : « Rejoindre HexaDone, c’est changer d’échelle sans renoncer à l’exigence opérationnelle »

Rachetée début janvier par HexaDone, la startup bisontine Hyvilo apporte une approche singulière de la transformation numérique des collectivités. Son cofondateur, Damien Couval, revient sur la genèse de cette entreprise née en 2020, qui coordonne données et processus pour transformer l’action publique locale.
Paroles d’élus : Pouvez-vous nous raconter, pour commencer, la genèse d’Hyvilo ?
Damien Couval : Hyvilo, c’est d’abord une rencontre entre trois cofondateurs, dont deux anciens des forces spéciales, ce qui est assez singulier. L’un est expert en cybersécurité, l’autre en renseignement, avec pour mission de réunir des informations de formats très divers afin de les rendre exploitables dans des contextes extrêmement opérationnels.
De mon côté, je suis un ancien élu local. J’ai été collaborateur auprès d’élus pendant une partie de ma carrière. Par ailleurs, j’ai aussi exercé comme investisseur en capital-risque, avec un fort intérêt pour l’innovation et les solutions technologiques capables d’apporter de la performance aux organisations.
Cet ensemble de profils s’est naturellement structuré autour d’enjeux que nous jugions essentiels pour les collectivités. À l’époque, les débats portaient beaucoup sur la donnée : sa structuration, sa compilation, sa valorisation. Ce qui nous a semblé manquer, en revanche, c’était un angle complémentaire : une fois les informations réunies, comment déclencher et coordonner des réponses de gestion concrètes ? Des réponses qui traversent plusieurs métiers, plusieurs services, et mobilisent plusieurs logiciels.
C’est précisément sur ce point que nous avons souhaité intervenir en lançant Hyvilo en décembre 2020.
Paroles d’élus : Quelle est votre approche pour transformer la donnée en efficacité opérationnelle ?
Damien Couval :
De manière assez récurrente, deux écueils empêchent les collectivités de mettre réellement en œuvre leur vision. Le premier tient à la capacité à coordonner les informations et à les rendre intelligibles pour l’ensemble des acteurs. Le second concerne la coordination des réponses de gestion elles-mêmes.
J’aime souvent prendre cet exemple : une simple demande d’installation de grue ne semble, a priori, poser aucune difficulté particulière. Et pourtant, ce sont neuf services différents qui doivent intervenir, les uns en fonction des autres. Il faut produire un arrêté de voirie, planifier la présence d’un policier municipal, calculer une redevance, etc.
Cette chaîne de causes et de conséquences, qui traverse les services, est très lourde. Et, bien souvent, elle n’est portée en responsabilité par personne, si ce n’est, in fine, par l’élu.
Notre manière de travailler consiste à partir du résultat final attendu. Autrement dit, nous raisonnons d’abord en processus ; ce sont ensuite ces processus qui appellent les informations nécessaires pour fonctionner. Tout est pensé, structuré et articulé dans une cohérence d’ensemble que l’on maîtrise du début à la fin.
Paroles d’élus : Comment garantissez-vous qu’il n’y a pas de « trou dans la raquette » ?
Damien Couval : C’est effectivement un point central. Pour nous assurer qu’aucun aspect n’a été oublié, nous confrontons systématiquement les processus au réel. Cette démarche nous amène à nous poser des questions très concrètes : qu’est-ce qui pourrait empêcher que cela fonctionne correctement ? Parce que c’est un dimanche, parce qu’il y a un marché ce jour-là, parce qu’un agent est absent, etc.
Cette confrontation au réel permet d’enrichir la réflexion et d’intégrer toutes les situations que la réalité impose.
Par ailleurs, le fait de pouvoir automatiser n’implique pas d’automatiser systématiquement. Les collectivités souhaitent conserver des schémas de validation, une relecture humaine, voire une réorientation dans certaines situations spécifiques. Ces choix sont proposés par le système, mais la décision reste humaine. Et, une fois prise, cette décision peut à son tour déclencher une autre automatisation.
Ce qui nous importe, c’est d’aboutir à une déclinaison la plus opérationnelle possible du travail de chacun, dans une logique réellement décloisonnée.
Paroles d’élus : Pouvez-vous nous parler du projet mené avec Grand Poitiers ?
Damien Couval : Nous travaillons sur l’hyperviseur de Grand Poitiers depuis un peu moins d’un an. L’enjeu consiste à coordonner neuf services et pas moins de 1 200 agents. Un élément est particulièrement révélateur de l’implication politique : c’est le premier vice-président qui anime et coordonne nos comités de pilotage.
Lors de ces instances, nous travaillons à partir des documents-cadres politiques — schéma directeur, plans à moyen terme — que nous déclinons ensuite de manière opérationnelle jusqu’au niveau des agents, au sein des neuf directions concernées.
Cela permet de mettre en regard les orientations politiques, les tendances pluriannuelles, et la réalité opérationnelle du terrain. Souvent, une forme de rivalité peut exister entre élus et services. Ici, ce n’est plus le cas : nous assurons une véritable coordination entre les deux. Du point de vue de l’élu, nous rendons possible la déclinaison concrète de ses intentions, tout en intégrant pleinement les contraintes opérationnelles, qui sont clairement matérialisées.
Cette approche tranche nettement avec d’autres logiques plus classiques. Et elle nous a parfaitement convenu.
Paroles d’élus : Comment mesurez-vous le retour sur investissement pour les collectivités qui font appel à vous ?
Damien Couval : Nous intervenons généralement selon deux modalités. La première concerne des collectivités confrontées à une situation qu’elles jugent quasiment insoluble, mais dont la résolution aurait une forte valeur. En décrivant précisément le problème, on identifie rapidement ses traductions concrètes : une perte de temps importante, des surcoûts financiers, et souvent des situations de non-conformité.
Le retour sur investissement résulte d’un équilibre entre ces trois dimensions. En réalité, il s’exprime presque de lui-même à partir de la problématique à traiter.
Cette approche nous permet de travailler sur mesure avec chaque collectivité, en tenant compte de ses spécificités, des logiciels métiers déjà en place, ainsi que des orientations politiques et organisationnelles. L’ensemble se traduit par une coordination d’informations et de processus qui leur est propre.
La seconde approche, que nous avons décidé de développer avec HexaDone, repose sur la production de modules, à la manière d’un App Store. Par exemple : le suivi énergétique pour des villes de 5 000 à 20 000 habitants, l’optimisation des tournées de collecte des déchets pour les métropoles, etc.
Ce sont des sujets que nous savons traiter. Une part importante de notre travail consistera à produire, dès 2026, une cinquantaine de modules en open source, proposant des solutions prêtes à l’emploi. La logique est vertueuse : plus nous aurons de clients, plus nous enrichirons ce socle de modules immédiatement consommables.
Paroles d’élus : Longtemps mise de côté, voire rejetée, la notion de “souveraineté numérique” est aujourd’hui omniprésente. Était-elle au cœur de votre démarche dès l’origine ?
Damien Couval : Absolument. Je ne sais pas si cela tient au passé de mes associés dans les forces spéciales, mais, tout au long de l’histoire d’Hyvilo, nous avons volontairement écarté les solutions impliquant une exposition à un droit extraterritorial.
Nos infrastructures, qu’elles soient en on-premise ou en SaaS, sont intégralement françaises et strictement cloisonnées. Tous nos choix technologiques visent à préserver les collectivités sur les enjeux de souveraineté.
Le rapprochement avec HexaDone vient renforcer encore cette exigence. Il nous permet notamment d’intégrer Orange Cyberdéfense et de nous positionner au plus haut niveau en matière de cybersécurité et de souveraineté numérique.
Nous disposons désormais d’une offre qui couvre l’ensemble des enjeux : sur le plan fonctionnel, pour la prise de décision immédiate comme pour la capitalisation sur l’expérience et la sécurisation des choix dans le temps, nous couvrons l’ensemble des spectres.







