Cyber Humanum Est : Nancy au cœur de l’excellence française en cyberdéfense

À Nancy, Cyber Humanum Est célèbrera le mois prochain sa sixième édition. Des étudiants et étudiantes issus de différentes écoles relèveront durant 3 jours des défis complexes mêlant exploitation de vulnérabilités, cyberdéfense, lutte informatique offensive et guerre informationnelle.
Franck Muratet, Conseiller délégué à la stratégie économique à la Métropole du Grand Nancy, nous dévoile les coulisses de cet événement unique en France et ses retombées pour le territoire lorrain.
Paroles d’élus : Pouvez-vous présenter Cyber Humanum Est à nos lecteurs ? Depuis quand la Métropole du Grand Nancy s’implique-t-elle dans cet événement ?
Franck Muratet : C’est un exercice grandeur nature qui simule un scénario de conflit fictif, de cyberattaque. Plus de 100 étudiants sont répartis en équipes. Pendant trois jours, ils sont confrontés à cet environnement et développent des stratégies de défense sur des plateformes virtuelles et réelles.
Nous en sommes à la sixième édition. L’idée de cet événement vient d’un partenariat initié en 2018 entre la Métropole du Grand Nancy et la base de défense de Nancy autour des problématiques de cybersécurité. Puis en 2020, s’est ajouté une convention avec l’Université de Lorraine. L’originalité vient justement de ce partenariat entre l’armée, l’université et l’industrie. C’est une approche unique qui fédère largement sur notre territoire.
Paroles d’élus : Quelles sont les écoles impliquées justement dans cet événement ?
Franck Muratet : Les étudiants viennent de tous les niveaux d’études : École des Mines de Nancy, Télécom Nancy, Polytech Nancy, FST (Master SIRAV), l’UFR SHS (Master VSOC), de l’UFR MIM (Master SIS) et de l’IUT Nancy-Brabois (parcours Cybersécurité du BUT Réseaux et Télécoms). Cyber Humanum Est continue de monter en puissance. C’est devenu aujourd’hui une référence dans le monde de la cyberdéfense. Ce croisement entre différents domaines et différentes formations rend cet exercice si riche.
Paroles d’élus : Vous évoquez la présence militaire. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette spécificité ?
Franck Muratet : La Base de défense (BdD) de Nancy regroupe aujourd’hui près de 5 300 personnels militaires et civils, répartis dans 20 formations et organismes. Elle gère 83 emprises et sites militaires, ce qui en fait le deuxième employeur de Meurthe-et-Moselle. Le commandant de la BdD coordonne localement les soutiens pour l’ensemble des unités du ministère des Armées.
Au-delà des aspects les plus visibles, cette base dispose de techniciens, d’ingénieurs et d’équipes spécialisées dans des domaines très spécifiques, notamment la cybersécurité, qui s’inscrit aujourd’hui dans une approche globale de notre Défense.
À côté de la Défense, il faut également souligner la présence de laboratoires lorrains dans ce domaine. Des partenariats existent entre le CNRS, l’INRIA et l’Université de Lorraine, notamment au sein du LORIA. Six laboratoires travaillent sur ces questions, constituant une véritable recherche d’excellence qui dépasse les seules dimensions universitaire et militaire.
Paroles d’élus : Comment expliquez-vous cette présence militaire mais aussi cette spécialisation de Nancy dans le domaine de la cybersécurité ?
Franck Muratet : Il faut remonter à 1871. Quand la Moselle et l’Alsace sont passées sous la Prusse, Nancy s’est retrouvée comme étant la ville la plus avancée de France au niveau de la frontière. Nombre de personnes de Metz, de Strasbourg, des acteurs économiques, culturels, artistiques, scientifiques ont fait le choix de quitter l’Alsace-Lorraine prussienne et de rester en France, donc de venir à Nancy.
Depuis 1871, il y a eu un espèce d’essor sur ces questions de la formation de l’université et aussi certains domaines économiques. Encore aujourd’hui, les chiffres le montrent : un résident sur cinq de la métropole est étudiant. Nous avons 53 000 étudiants pour 260 000 habitants. C’est une des densités les plus élevées de France. Cette histoire explique beaucoup de choses.
Paroles d’élus : Quelles sont les retombées de Cyber Humanum Est pour le territoire ?
Franck Muratet : Le Cyber Humanum Est permet incontestablement de faire rayonner le territoire. Il donne lieu à des reportages nationaux et internationaux. C’est un rayonnement qui met en valeur les formations, le travail des étudiants, le travail des laboratoires. Il y a d’ailleurs cette année un volet international avec l’université de Sherbrooke, au Canada.
Ces 3 jours mettent ainsi en lumière tout l’écosystème autour de la cybersécurité. Sur le territoire de la métropole, nous avons plus de 50 formations initiales et continues qui traitent de la cybersécurité. Chaque année, en Lorraine, mais majoritairement ici sur le Grand Nancy, c’est plus de 2 000 étudiants qui sont formés.
L’événement se termine aussi par un forum des métiers. Cette proposition permet aux acteurs économiques, aux entreprises, aux startups d’être présents. L’enjeu est important puisque nous avons identifié au niveau de l’écosystème, un besoin de 300 spécialistes de la cyber à former par an. Ces événements créent concrètement des vocations.
Paroles d’élus : Au-delà de l’événement lui-même, quelles actions sont menées pour sensibiliser le grand public à la cybersécurité ?
Franck Muratet : Nous nous sommes par exemple positionnés lors de la création des campus cybersécurité dans les régions.
Nous avons également en 2022, via la Maison de l’Emploi du Grand Nancy (chef de file) été désigné lauréat du volet Diagnostic de formation de l’AMI France 2030 Compétences et Métiers d’Avenir, avec le projet FORE-CY (diagnostic prospectif Formation, emplois et compétences de la filière Cybersécurité du Grand Nancy).
A la suite de cela, toujours avec la Maison de l’Emploi du Grand Nancy nous avons postulé à la 2ème phase de l’AMI France 2030 Compétences et Métiers d’Avenir avec le projet FORE-CY ATTRACT qui s’appuie sur les 16 préconisations issues du diagnostic FORE- CY. Il vise la massification du vivier des profils Cyber, la sensibilisation et la montée en compétences de l’ensemble des acteurs de la Région Grand Est – apprenants et actifs en emploi – ainsi que le renforcement et la coordination des ressources de formation .
Si ce projet est retenu il permettrait de former ou d’accompagner d’ici 2029 un total de 17500 personnes sur le Grand Est, qu’elles soient en formation initiale, en emploi, en recherche d’opportunités professionnelle ou en recherche d’orientation.
Il y a aussi au niveau local une structure qui s’appelle RACYN, Rassemblement des Acteurs de la Cybersécurité Nancéiens. Elle a été initialement beaucoup poussée par des acteurs économiques pour fédérer les énergies. C’est un bon exemple où les forces privées se saisissent d’opportunités et viennent se rapprocher du monde académique.
Enfin, nos équipes de la Métropole se mobilisent fortement depuis 2020 sur ces questions. Elles ont développé des outils et mènent des actions de sensibilisation auprès des agents et des élus.


