La Gonette ou le cercle toujours plus vertueux des monnaies locales

Nos lecteurs le savent bien : sur Paroles d’Elus, nous aimons mettre en avant les monnaies locales. A l’instar de la Pive ou de l’Eusko que nous avions mis à l’honneur dans votre dernier magazine digital, celles que l’on nomme aussi parfois « monnaies complémentaires », sont plus de 80 en France. Direction aujourd’hui Lyon pour découvrir la Gonette. Depuis janvier, cette dernière est au cœur d’une expérimentation visant à accompagner des étudiants en situation de précarité financière. Explication.

La Gonette, un savoir vivre made in Rhône

On connaissait déjà les nombreuses vertus des monnaies locales, à commencer par la création de valeur, le développement des circuits courts, la valorisation des savoir-faire ou encore une consommation plus locale. A Lyon, la Gonette, une monnaie complémentaire mise en service dans le département du Rhône depuis 2015, a ajouté une nouvelle corde vertueuse à son arc.

Une centaine d’étudiants sélectionnés

En effet, la Ville de Lyon et l’Université Lyon 2 ont annoncé début janvier la mise en place ; grâce à un partenariat avec l’Association Rhône Loire pour le Développement de l’Agriculture Biologique ; d’une expérimentation comme on les aime sur Paroles d’Elus… Concrètement, une centaine d’étudiants vont recevoir chaque mois 50 Gonettes pendant un an. L’objectif affiché est « d’accompagner des étudiants en situation de précarité financière vers une alimentation plus saine et durable ». Cette expérimentation va permettre la production d’une étude sur les pratiques alimentaires, menée par la Chaire de Transition Alimentaire de l’Université de Lyon 2.

Avec la Gonette, pas de stigmatisation

Comme l’explique le conseiller délégué à l’alimentation locale pour la ville de Lyon, Gautier Chapuis, à nos confrères de France 3 ; « Parmi la population qui a basculé en précarité alimentaire à cause du Covid-19, les étudiants sont un des publics les plus précarisés […].  C’est notre jeunesse qui trinque le plus aujourd’hui sur ces questions ». Et de poursuivre ; cette monnaie est « intéressante car elle permettra de suivre quantitativement l’expérimentation. Et surtout c’est une monnaie utilisable par toutes et tous. Ce n’est pas un chèque alimentaire, il n’y a pas de différence quand vous rentrez dans une boutique ».

1 personne sur 3 a des difficultés à se nourrir correctement

Dans le Rhône, déjà plus de 380 commerces acceptent de recevoir des Gonettes et on compte plus de 1500 citoyens utilisateurs réguliers. En attendant les résultats de l’expérimentation, la Ville de Lyon envisage déjà de généraliser cette initiative à un public plus large. En effet, on estime que près de « 30% des habitants de la métropole de Lyon ont du mal à se nourrir correctement » ; et 15% déclaraient dans une étude de 2018 « ne pas se nourrir à leur faim ».

Les nombreux atouts des monnaies locales

Aux sceptiques, il est simple de démontrer que les monnaies locales ne sont pas une mode. La preuve, elles ont démontré depuis longtemps leurs qualités et cela aux quatre coins du monde. Saviez-vous par exemple qu’en Suisse, le WIR, monnaie locale pour les professionnels a été créée dès 1934 ? Elle est toujours utilisée aujourd’hui quotidiennement par plus de 60 000 entreprises. Autre exemple avec la première monnaie locale européenne. C’est en Bavière qu’on peut l’a trouvé depuis près de 18 ans. Le «Chiemgauer », de son petit nom, a permis dès 2013 ; soit seulement 10 ans après sa création ; de réaliser plus de 7 millions d’euros de transactions. Outre cette ancienneté souvent méconnue, il y a aussi leur nombre. En effet, on recense aujourd’hui plus de 5 000 monnaies locales dans le monde. Mais pour comprendre leur vertu, il faut d’abord comprendre comment ça marche…

Les monnaies locales, un rejet de l’euro ?

Là encore, détrompez-vous. Ah l’heure où les critiques sur le fonctionnement de l’Union Européenne sont de plus en plus nombreuses, il n’est pas question ici de remplacer l’euro mais comme leur appellation l’exprime très bien, d’être « complémentaire ». Chaque monnaie locale, quelques soit son nom garde le même modèle et la même valeur ; soit un euro. L’idée n’est donc pas de pouvoir spéculer mais bien au contraire de les faire circuler et donc, de créer de la richesse. Comment est-on certain que cela fonctionne ? Une monnaie locale ne peut pas être déposée sur un compte en banque, son seul intérêt est donc de l’utiliser. Ainsi, les économistes ont remarqué qu’elles circulent en moyenne 7 fois plus vite qu’une monnaie nationale.

Une reconnaissance depuis 2014

Par ailleurs, ces monnaies complémentaires vont de pair le plus souvent avec une charte qui rappelle que son utilisation doit permettre le commerce et la production de proximité. Conséquence directe, il n’est pas possible d’utiliser une monnaie locale dans un supermarché ou un hypermarché. Si la France n’est pas pionnière dans le domaine, elle est en revanche le premier pays à avoir reconnu ces monnaies légalement comme moyen de paiement, et cela grâce à la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire (ESS). Le législateur y a vu en effet un outil efficace pour promouvoir une consommation plus respectueuse de l’environnement ou permettant de lutter par exemple aussi de lutter contre l’exclusion.

Un nouveau défi : passer au numérique

Si historiquement les monnaies locales ont d’abord envahi physiquement nos porte monnaies, elles sont de plus en plus nombreuses à proposer un paiement numérique. L’objectif est en effet à court terme de permettre donc aux utilisateurs d’adhérer, d’échanger leurs euros en ligne et de payer en avec leur téléphone grâce à une application dédiée… Dans le Rhône, la gonette est déjà utilisable de façon numérique.

 

 

 

 

 

Valentin
Goethals
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Valentin Goethals, est le journaliste pivot de Paroles d'Elus. Correspondant des élus, associations et partenaires, il remonte les expériences et les innovations venues des territoires. Valentin est également conseiller municipal à Saint-Lô en Normandie.

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