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    L'actu des associations

    Aux vœux de Villes de France, les maires veulent « le pouvoir de décider ».

    Lors de la cérémonie des vœux au Musée de la Poste, Gilles Avérous a dressé le bilan des actions menées en 2025 et affirmé les priorités de l’association. Les maires de villes moyennes réclament davantage de leviers de décision, notamment en matière commerciale, et une véritable décentralisation.

    Statut de l’élu et police municipale : des avancées concrètes

    Des progrès significatifs sur le statut de l’élu local ont marqué l’année 2025. Ce texte, désormais adopté par le Parlement, renforce l’attractivité des mandats locaux. Il devrait améliorer les conditions d’exercice tout en facilitant le retour à la vie professionnelle.

    La question des polices municipales a également mobilisé l’association. Dans un contexte marqué par le narcotrafic, les maires attendent l’aboutissement parlementaire du projet de loi. « Les policiers municipaux sont aujourd’hui en première ligne et leur rôle doit être reconnu, renforcé et clarifié », a déclaré Gilles Avérous. L’inscription au calendrier du Sénat est prévue début février.

    Le président de Villes de France a cité un exemple concret. Un colonel de gendarmerie, ancien directeur de cabinet du directeur général de la gendarmerie nationale, doit suivre neuf mois de formation pour devenir directeur de police municipale à Châteauroux. « Voilà les sujets auxquels on est confronté au quotidien et c’est incompréhensible », a-t-il souligné.

    Action Cœur de Ville : un nouveau volet attendu avec impatience

    Le Premier ministre a annoncé lors du Salon des maires la poursuite du programme Action Cœur de Ville. Cette reconduction constitue une annonce majeure pour l’association. Villes de France plaide désormais pour un volet commerce fortement renforcé.

    La situation des Galeries Lafayette a préoccupé de nombreux élus en 2025. L’association a travaillé avec ses représentants pour permettre aux villes concernées de bénéficier d’une analyse juridique et foncière. Ces locomotives commerciales sont essentielles pour les centres-villes.

    « Il nous paraît désormais indispensable de donner aux maires de réels leviers de décision, notamment en matière d’implantation commerciale et de maîtrise de devenir des locaux vacants », a affirmé le président. Il a insisté : « Nous voulons le pouvoir de décider. » L’urgence est vitale pour les commerces. Sans action volontariste, le risque est grand de voir s’accentuer la désertification commerciale.

    Alerte budgétaire : « L’État nous fait les poches pour payer la facture »

    Lors de ces voeux, Jean-François Debat a lancé un avertissement solennel sur la situation financière des collectivités. Si les perspectives du projet de loi de finances 2026 devaient être maintenues, les communautés d’agglomération se trouveraient « très vite hors d’état d’assurer simplement la continuité des politiques engagées ».

    Le président délégué a employé des mots directs. « L’État, il y a quelques années, a décidé de faire des cadeaux avec notre argent, et aujourd’hui, nous avons le sentiment qu’il nous fait les poches pour payer la facture. » Il a pointé les non-compensations d’impôts économiques supprimées il y a quatre ans. La compensation recule, pénalisant les territoires industriels qui accueillent aussi la précarité.

    Villes de France ne refuse pas l’effort collectif. « Nous n’avons jamais dit : pas un euro pour les collectivités, la dette de la nation, ça n’est pas notre problème », a précisé Jean-François Debat. L’association demande que l’effort soit « mesuré, supportable et surtout équitablement réparti entre l’ensemble des collectivités territoriales ».

    Au-delà du budget, le Maire de Bourg-en-Bresse a insisté sur les nouvelles compétences des agglomérations. Mobilités, énergies renouvelables, habitat : ces politiques nécessitent des moyens humains. « Quand on ne s’occupait pas d’énergie il y a quelques années, il n’y avait pas d’agents publics. Aujourd’hui, il y en a », a-t-il justifié.

    Enfin, le président délégué a formulé un vœu républicain. Dans un Parlement divisé, « à l’image du vote des Français », chacun doit assumer ses responsabilités. « Cela implique des compromis. Nous le faisons tous les jours dans nos agglomérations », a-t-il rappelé. Les élus locaux appellent à ce que le pays trouve « une voie, un chemin » pour continuer d’avancer.

    Logement : « 3 500 euros le mètre carré, comment sortir des opérations ? »

    La crise du logement a occupé une place centrale de la conférence de presse donnée suite aux discours. Leur proposition ? Contractualiser avec l’État, à l’instar de ce qui a déjà été fait pour les énergies renouvelables. L’association demande à définir les besoins en logements à l’échelle des intercommunautés et à s’engager sur des résultats. En contrepartie, l’État devrait déléguer tous les moyens qu’il y consacre actuellement.

    Le constat est alarmant pour les villes moyennes industrielles. « Quand vous regardez le prix du mètre carré aujourd’hui sur du logement privé, c’est jamais en dessous de 3 500 euros le mètre carré, dû aux normes et à l’augmentation du coût de la construction », a déploré David Marti, maire du Creusot. La question se pose : comment sortir des opérations sans mesures incitatives ?

    Autre point, les contraintes administratives qui alourdissent encore la facture. Et les élus de citer cet exemple concret : «Une opération de réhabilitation budgétée à 14 millions d’euros est passée à 26 millions après l’intervention des Architectes des Bâtiments de France et de la DRAC.  Il n’y aura pas d’équilibre économique ». Les opérateurs privés se désengagent face à ces contraintes. Les collectivités doivent acheter le foncier, démolir, faire les fouilles archéologiques avant même d’espérer trouver un promoteur.

    Pour Villes de France, la solution est claire : contractualiser, déléguer les moyens et faire confiance aux territoires. « On s’engage sur le résultat, mais laissez-nous les moyens », ont martelé les élus.

    Décentralisation et confiance : le message des villes moyennes

    Gilles Avérous a fortement insisté sur les enjeux de décentralisation. « Décentraliser, ce n’est pas seulement transférer des compétences, c’est aussi transférer la confiance et les moyens », a-t-il martelé.

    L’accumulation normative pèse lourdement sur les finances locales, les délais et la capacité d’agir. Les maires demandent une clarification et une simplification des responsabilités. L’association s’est mobilisée pour conseiller ses adhérents sur des thématiques variées. Le guide du maire candidat, la transition énergétique ou le financement des services publics ont suscité un vif intérêt.

    À l’approche du renouvellement municipal, cette période doit être l’occasion d’assumer collectivement des décisions structurantes. Les élus locaux sont « pleinement mobilisés, conscients de leurs responsabilités et résolument engagés à travailler de manière constructive avec le gouvernement ».

    Le prochain congrès de Villes de France se tiendra les 2 et 3 juillet à Roanne, dans le département de la Loire. L’association sera ainsi la première à tenir son congrès juste avant l’été, confirmant son dynamisme malgré le contexte électoral.