Aux Voeux de l’APVF, douze chantiers pour faire des petites villes les « points d’équilibre » de la République

Lors de la cérémonie des vœux de l’Association des Petites Villes de France, Christophe Bouillon a présenté une feuille de route ambitieuse pour 2026. Entre réforme fiscale, simplification administrative et reconnaissance du rôle des élus locaux, les petites villes affirment leur volonté d’être au cœur des solutions face aux défis territoriaux.
Des partenariats de projets qui résistent aux turbulences
L’APVF a tissé des liens solides avec ses partenaires institutionnels et économiques. Marie-Ange Debon pour le groupe La Poste, Estelle Grelier pour La Saur, Cyril Luneau pour Orange ou encore Antoine Antoine Saintoyant pour la Banque des Territoires étaient présents lors de cette cérémonie. « Ce ne sont pas des partenariats de papier, ce sont des partenariats de projets très concrets », a souligné Christophe Bouillon.
Le président de l’association a filé la métaphore aquatique : « Nous avons considéré, collectivement, que nous devions ne plus être chacun dans son couloir d’eau. » Cette approche collaborative permet aux collectivités et à leurs partenaires de nager dans le même bassin. « Même quand les eaux remuent un peu plus, nous ne coulons pas », a-t-il assuré.
L’objectif est désormais clair : passer de la coopération à la synchronisation parfaite. « À l’avenir, on sera même capable de faire de la nage synchronisée ensemble », a projeté le président.
Fiscalité locale et budget : des enjeux de souveraineté financière
La réforme de la fiscalité locale constitue un chantier prioritaire. « Il faut inventer un nouveau modèle de la fiscalité locale et nous souhaitons y contribuer », a affirmé Christophe Bouillon. Le sujet n’est pas nouveau mais reste insatisfaisant. L’APVF s’appuiera sur les travaux du Sénat et de l’Assemblée nationale, notamment ceux de Stéphane Prat, président de la délégation aux collectivités locales.
Le partage de l’effort budgétaire préoccupe également les petites villes. Un chiffre résume l’enjeu : les collectivités locales, principalement les communes, représentent 43% du chiffre d’affaires des entreprises du bâtiment. « Il ne faudrait pas que pour boucher un trou quelque part, on en fasse un autre », a mis en garde le président, faisant référence au « sapeur Camember ».
La pluriannualité budgétaire est réclamée comme un outil de liberté et de visibilité. « Il faut que nous puissions avoir le regard du forestier lorsque nous sommes amenés à procéder à des arbitrages », a plaidé Christophe Bouillon. Cette vision à long terme permettrait aux communes de mieux préparer leurs projets structurants.
Simplification administrative : la guerre aux normes invasives
« Les normes, ça représente au bas mot entre 1 et 2 milliards pour les collectivités locales », a rappelé le président de l’APVF. Et l’image est frappante : « Les normes, c’est un peu comme les espèces invasives. On croit qu’on en est débarrassé et on a une grande surprise de voir que ce n’est pas complètement le cas. »
L’association salue les intentions du gouvernement avec le projet de décret sur la simplification et les travaux confiés à Boris Ravignon. Mais elle demande d’aller plus vite et plus loin. Christophe Bouillon a formulé une exigence claire : établir une règle interdisant au Parlement de voter une norme qui grèverait les finances des collectivités locales.
Cette bataille contre l’inflation normative mobilisera l’APVF tout au long de l’année 2026. L’enjeu dépasse la seule question financière pour toucher à la capacité d’agir des élus locaux.
Décentralisation et statut de l’élu : une nouvelle étape nécessaire
« Nous avons entendu, avec beaucoup d’intérêt, la volonté de dessiner les contours d’une nouvelle étape de la décentralisation », a déclaré Christophe Bouillon. Mais l’association pose une condition : cette décentralisation doit s’accompagner d’une véritable déconcentration. « Il ne faudrait pas que les deux jambes ne soient pas de la même hauteur, ça ne fonctionnera pas », a-t-il prévenu.
Sur le statut de l’élu, l’APVF salue les avancées récentes votées par le Parlement. Mais un sujet reste tabou : la retraite des élus. « 42% des maires sont des retraités », a rappelé Christophe Bouillon. Pour les autres, beaucoup mettent leur activité professionnelle de côté. « Lorsqu’ils arrivent à la fin du mandat et qu’ils découvrent la retraite qu’ils ont après des dizaines et dizaines d’années d’exercice, ils sont parfois étonnés, pour ne pas dire surpris, voire complètement estomaqués. »
L’association promet d’apporter sa contribution sur ce sujet sensible. « Il faut traiter ce sujet avec honnêteté, vérité », a insisté le président.
Petites villes d’équilibre et Petites Villes de Demain : l’urgence d’agir
L’APVF souhaite ouvrir une réflexion sur la place des petites villes dans l’organisation territoriale. « Je pense que nous devons avoir un nouveau travail autour de petites villes d’équilibre », a proposé Christophe Bouillon. Ces communes jouent un rôle essentiel comme « îlot d’urbanité, de centralité, là où se jouent les vulnérabilités ».
Le programme Petites Villes de Demain doit être prolongé. « Un Petite Ville de Demain 2 serait sans doute le bienvenu », a plaidé le président. Les 1636 communes concernées ont besoin de temps pour mener à bien leurs projets de revitalisation. « S’engager dans la revitalisation des centres-bourgs et des centres-villes n’est pas une mince affaire. »
Le vieillissement de la population rendra ces petites villes encore plus indispensables pour accueillir celles et ceux qui cherchent des services de proximité. L’enjeu est de transformer ces communes pour qu’elles deviennent de véritables petites villes d’équilibre de demain.
Civiliser la vie politique et s’ouvrir à l’Europe
À quelques semaines des élections municipales, Christophe Bouillon a lancé un appel solennel : « On ne peut pas laisser la vie publique devenir un far-west. » Les élus sont aujourd’hui « menacés dans leur vie privée parfois, bousculés par une violence verbale libérée ».
L’Europe constitue également un chantier important pour l’APVF. L’association a créé une confédération européenne des petites villes avec ses homologues allemands, italiens, roumains et hongrois. Elle porte une attention particulière aux fonds de cohésion et aux fonds structurels. Christophe Bouillon et Vincent Chauvet siègent au Comité des régions pour « veiller au grain ».
Les petites villes sont sensibles au rapport Draghi qui appelle à remettre de l’investissement dans les mobilités et la transition écologique. « Pour être efficace, il faut que cela passe sans doute par les petites villes », a insisté le président.
Enfin, les assises de l’APVF se tiendront les 18 et 19 juin à Château-Thierry. Ces rencontres permettront « d’accompagner, d’éclairer, de porter un message dans la durée. Pour que les petites villes restent ces points d’équilibre et de stabilité dans notre démocratie ».
En conclusion, Christophe Bouillon a cité La Fontaine. Et plus particulièrement la morale du « Loup, le lion et le renard » : « Les prudents se fient à leurs observations. » Son vœu pour 2026 ? « Que prudents que nous sommes, nous nous fions à nos observations et qu’ensemble nous évitions tous les obstacles possibles. »




