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    L'actu des associations

    Agriculteurs : les Régions tiennent le cap face aux tempêtes

    Crises sanitaires, dérèglements climatiques, instabilité nationale… 2025 n’a pas épargné le monde agricole. Les Régions de France ont répondu présent. Aides d’urgence, investissements records, renouvellement des générations, souveraineté alimentaire. À l’occasion du Salon International de l’Agriculture, elles ont dressé un bilan d’action et tracent leurs ambitions pour demain.

    Un bouclier face aux crises

    Les Régions ont voulu répondre vite. En 2025, elles ont donc mobilisé un dispositif européen exceptionnel de réaction aux crises pour indemniser éleveurs et agriculteurs frappés par la fièvre catarrhale ovine, la dermatose nodulaire ou des aléas climatiques. Résultat ? Près de 11 000 agriculteurs ont bénéficié de plus de 80 millions d’euros, soit 27 % de l’effort total européen. En Hauts-de-France, 342 éleveurs ovins ont perçu 7,6 millions d’euros. En Bourgogne-Franche-Comté, 1 520 exploitations ont reçu une aide allant jusqu’à 23 000 euros. Carole Delga et Loïg Chesnais-Girard, respectivement présidente et président de la commission agriculture de Régions de France, l’affirment sans détour : « Les Régions sont un phare de stabilité dans la tempête. »

    Investir pour transformer

    Mais la réponse aux crises ne suffit pas, les Régions doivent aussi investir sur le temps long. En Auvergne-Rhône-Alpes, le budget agricole a plus que triplé depuis 2016, passant de 38 à 127 millions d’euros. La Région a ajouté 15 millions d’euros supplémentaires en 2025 pour financer des investissements structurants, développer des systèmes durables et améliorer l’autonomie énergétique des exploitations. En Bretagne, le dispositif AGRI Invest a déjà mobilisé 56 millions d’euros pour 2 000 exploitations depuis son lancement fin 2023. Son budget annuel atteint désormais 30 millions d’euros. Les fonds FEADER, gérés par les Régions à hauteur de 700 millions d’euros par an, financent en priorité les investissements agricoles et alimentaires, soit 52 % de l’enveloppe totale.

    Renouveler les générations

    L’autre défi est bien évidemment celui de la relève : 43 % des chefs d’exploitation ont plus de 55 ans. L’urgence est donc bien réelle. Là encore, les Régions agissent à l’instar de la Nouvelle-Aquitaine où la Dotation Nouveaux et Jeunes Agriculteurs. Concrètement, elle a déjà bénéficié à 1 604 porteurs de projets pour 48,8 millions d’euros au total. En Pays de la Loire, la dotation de base double à 20 000 euros, et un prêt AgriBoost à taux zéro de 25 000 euros voit le jour en 2026 pour les jeunes éleveurs.

    En Région Sud, un prêt d’honneur sans intérêt ni garantie personnelle accompagne les installations jusqu’à 30 000 euros sur sept ans. Grand Est y consacre 57 millions d’euros sur dix ans pour transformer les lycées agricoles en « pôles d’excellence et d’exemplarité ». Les chiffres sont parlants : 35 % des nouveaux agriculteurs ne viennent pas du milieu agricole, et 33 % sont des femmes.

    Conquérir la souveraineté alimentaire

    La France reste la première puissance agricole de l’Union européenne, avec 18 % de la production européenne et 51,6 % du territoire national consacré à l’agriculture. Mais la souveraineté alimentaire ne se décrète pas depuis Paris. Elle se construit dans les territoires. L’Occitanie prépare d’ailleurs pour l’été 2026 un Pacte régional pour la souveraineté alimentaire. Au programme ? Maintenir la production. Relocaliser la transformation. Structurer les débouchés.

    Le Centre-Val de Loire a porté l’approvisionnement local en restauration scolaire de 17 à 32 % en deux ans. Régions de France pose la revendication clairement : « Les objectifs européens et nationaux resteront de simples chiffres sur un papier s’ils ne sont pas mis en musique dans nos territoires. »

    Innover du bocage breton aux forêts tropicales

    L’agriculture française, c’est aussi ses outre-mer et ses territoires singuliers. En Guadeloupe, la Région pilote le projet PELAO pour éradiquer la fourmi manioc grâce au biocontrôle. En Guyane, elle finance la création de la SAFER locale. Cette action permet de stopper la spéculation foncière et sécuriser l’installation, alors que 63 % de l’alimentation est encore importée. À La Réunion, les États Généraux de la Canne ont réuni 2 000 planteurs pour bâtir l’avenir d’une filière qui représente 19 000 hectares et 6 000 emplois industriels. En Corse, le label « Gusti di Corsica » valorise une gastronomie ancrée dans le territoire. Partout, les Régions expérimentent, adaptent, anticipent. C’est là leur force : coller aux réalités du terrain là où les politiques nationales peinent à descendre.