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    Éducation & formation

    5e école vétérinaire publique : la Nouvelle-Aquitaine tient le cap d’un chantier fondateur

    Lancé en 2020 au Salon international de l’agriculture, le projet d’une 5ème école vétérinaire publique à Limoges avance, malgré des obstacles institutionnels. Paroles d’élus a retrouvé la Région Nouvelle-Aquitaine au Salon de l’Agriculture. L’occasion de faire le point sur ce projet ambitieux, qui conjugue formation, installation et maillage territorial.

    Un projet né des allées du Salon de l’agriculture

    C’est précisément au Salon international de l’agriculture que Paroles d’élus s’est rendu cette année sur le stand de la Région Nouvelle-Aquitaine afin d’en savoir plus sur ce projet, lancé il y a déjà plusieurs années. Tout commence en effet le 26 février 2020 : dans les mêmes allées du SIA, Alain Rousset, président de la Région, avait alors annoncé publiquement son intention de créer une 5ème école vétérinaire publique à Limoges. Depuis lors, le chantier n’a cessé de se structurer, de se consolider et de gagner en visibilité nationale.

    Du côté de la Région, on rappelle volontiers que ce projet n’est pas une initiative isolée, mais bien « l’expression d’une politique cohérente et territorialisée, fondée sur une vision intégrée de la santé, de la formation et de l’attractivité des territoires ». Alain Rousset lui-même, dans son entretien accordé à Paroles d’élus en février 2026, avait souligné l’ambition globale portée par la Région : « À Limoges, nous avons créé un laboratoire unique qui regroupe quatre laboratoires sur la santé globale». Cette cohérence de vision constitue, ainsi, le fil conducteur de l’ensemble du dispositif.

    Un territoire en première ligne face à la déprise vétérinaire

    Pour comprendre pourquoi ce projet est né ici, il convient d’abord de mesurer l’ampleur du problème. La Nouvelle-Aquitaine est la première région agricole de France, et pourtant elle subit de plein fouet ce que le communiqué régional nomme « la déprise vétérinaire en milieu rural ». Certes, 2 154 vétérinaires exercent sur le territoire, mais ils se concentrent de plus en plus vers les villes, là où l’activité s’avère plus rentable. Les conséquences concrètes sur les filières animales sont considérables : délais d’intervention allongés, dégradation de la situation sanitaire, pertes économiques importantes pour les éleveurs. Par ailleurs, comme l’indique le Conseil régional, « le pourcentage de vétérinaires en exercice auprès des animaux de production a chuté de 18,5% en 5 ans », pour représenter désormais à peine 21% des inscrits en Nouvelle-Aquitaine. Dès lors, maintenir la qualité des élevages sans un maillage vétérinaire suffisant relève tout simplement de l’impossible.

    Un enjeu de souveraineté sanitaire, pas seulement agricole

    Au-delà de la question agricole stricto sensu, c’est bien un enjeu de souveraineté et de sécurité alimentaire qui est ici posé. La crise Covid-19 a rappelé avec force que 80% des maladies humaines sont d’origine animale. C’est pourquoi la Région Nouvelle-Aquitaine a intégré cette problématique dans sa stratégie « One Health – une seule santé », visant à rapprocher santé humaine, animale et environnementale.

    En outre, comme l’explique la Région, il s’agit de construire « un écosystème fédérant les praticiens vétérinaires, les formations médicales humaines, les écoles d’ingénieurs agricoles, les formations universitaires en biologie ». Ainsi, l’enjeu dépasse la seule démographie vétérinaire : il touche à la capacité collective d’un territoire à faire face aux prochaines crises sanitaires. Notre pays, nous a rappelé Alain Rousset, est « le premier pays agricole d’Europe et ne forme pourtant plus assez de vétérinaires».

    Un plan pluriannuel aux leviers multiples

    Le 20 juin 2022, la Région a adopté en séance plénière un Plan de soutien à la médecine vétérinaire pour les animaux de rente 2022-2026. L’enveloppe prévisionnelle s’élève à 26 155 000 euros. Le plan ne repose pas sur une mesure unique. Il propose un éventail de dispositifs accessibles aux collectivités et aux professionnels.

    Plusieurs leviers sont déjà opérationnels. Les stages tutorés bénéficient d’un financement complémentaire de 3 000 euros par étudiant encadré. Une quinzaine de structures en profitent chaque année. Une enquête qualitative menée sur 2022-2024 a validé l’efficience du dispositif. Le programme VetSupAgri, à sa troisième édition, accueille chaque automne 80 élèves de lycées agricoles. Trois jours d’immersion pour susciter des vocations ancrées dans la ruralité.

    La 6ème année vétérinaire : une première étape concrète

    Le projet phare reste la 5ème école nationale vétérinaire publique, portée avec l’Université de Limoges. Face aux délais institutionnels, une première étape pragmatique a émergé : une 6ème année d’approfondissement à Limoges. Elle est conçue comme un sas vers l’exercice libéral.

    Le chemin reste semé d’embûches. En décembre 2024, le rapport du CGAAER n’a pas préconisé la création d’une nouvelle école. Il reconnaissait toutefois que le projet de Limoges serait « le premier projet public à examiner » en cas de volonté politique affirmée. En juin 2025, le Premier ministre a répondu favorablement aux démarches régionales. Il demandait un projet précis, détaillé et chiffré. Ce dossier a été remis dès juin par la Région et l’Université. L’absence de réponse ministérielle rend aujourd’hui impossible une ouverture en septembre 2026.

    Une mobilisation collective indispensable pour la suite

    Désormais, l’enjeu est politique autant qu’académique. Comme l’expliquent les services de la Région, « l’ouverture d’un pôle vétérinaire d’expérimentation et d’innovation à Limoges est subordonnée à un accord ministériel explicite et univoque ». Par conséquent, chaque partenaire ( Ordre des vétérinaires, Groupements techniques, chambres d’agriculture, structures professionnelles)  doit « se positionner clairement en faveur du projet, particulièrement pour qu’il ait une visibilité nationale ».

    En parallèle, la Région reste attentive aux autres leviers : aide à l’installation de jeunes vétérinaires dans les zones en tension, soutien aux expérimentations de nouveaux modèles (téléconsultation, délégation d’actes aux auxiliaires spécialisés vétérinaires, contrats avec les éleveurs), financement des investissements des cabinets ruraux. Comme l’a indiqué le président Rousset dans notre entretien, la Nouvelle-Aquitaine se positionne résolument comme « un laboratoire d’innovations au service des territoires ». Aussi, la médecine vétérinaire rurale en est l’une des illustrations les plus concrètes , et les plus urgentes.