« La Bataille de l’IA : jouer pour mieux comprendre les enjeux de l’intelligence artificielle »

SÉRIE D’ENTRETIENS — SEMAINE DE L’IA POUR TOUS #2
Quel point commun entre France Num, La Poste, LeBonCoin, Orange et Paroles d’élus ? Tous sont partenaires de la Semaine de l’IA pour tous. Cet événement national se déroulera du 18 au 24 mai 2026. À cette occasion, nous poursuivons notre série de portraits des acteurs qui font vivre cet événement. Après Cécile Ravaux de la mission Café IA, nous donnons la parole à Margaux Levisalles, co-fondatrice de l’association Latitudes. Engagée de longue date sur les questions d’éducation au numérique, elle revient sur la genèse de la Bataille de l’IA. Cette proposition a déjà touché plus de 23 000 personnes à travers la France.
Paroles d’élus : Latitudes existe depuis bientôt neuf ans. Pouvez-vous nous en rappeler les origines et la mission ?
Margaux Levisalles : Latitudes est née d’un projet d’école porté par trois étudiants qui cherchaient à réconcilier engagement associatif et compétences numériques. Aujourd’hui, notre mission consiste à créer des contenus pédagogiques sur les enjeux du numérique, pour redonner le pouvoir de choisir la place que celui-ci occupe dans nos quotidiens. Pour diffuser ces contenus, nous formons ceux qui seront eux-mêmes formateurs. Ce peut être des enseignants, des agents publics ou encore des médiateurs numériques. Notre objectif est qu’ils puissent à leur tour animer ces ateliers auprès de leurs publics. Nous intervenons partout en France, métropole et Outre-mer.
Paroles d’élus : Comment est né l’atelier de la Bataille de l’IA, et pourquoi sous cette forme de jeu de cartes ?
Margaux Levisalles : Tout est parti d’un livre blanc rédigé par l’association Data for Good sur les grands défis de l’IA générative. Nous avons proposé de transformer ce travail en atelier ludique, car le format jeu de cartes est un outil que nous maîtrisions déjà bien. L’atelier a ainsi été lancé en septembre 2023, donc assez tôt par rapport au moment où les organisations ont vraiment commencé à s’emparer du sujet. L’objectif central, c’est de permettre aux participants de développer leur regard critique sur l’IA à travers des temps de débat et d’échange, plutôt que par une transmission descendante de savoirs.
Paroles d’élus : Concrètement, comment se déroulent ces deux heures d’atelier ?
Margaux Levisalles : L’atelier s’articule en trois grandes parties. D’abord, une frise chronologique géante permet de replacer l’histoire de l’intelligence artificielle dans le temps long. Nous remontons aux années 1950. Cette approche nous permet d’identifier comment les premiers dilemmes éthiques ont été traités. Ensuite, en petits groupes de quatre à cinq personnes, les participants débattent autour de cartes thématiques. On aborde ainsi plusieurs sujets majeurs. Fiabilité de l’information, Impact environnemental, bouleversements sociétaux, biais algorithmiques ou encore les questions de droits d’auteur.
Enfin, la troisième partie projette les participants dans des scénarios prospectifs concrets. Par exemple, on leur soumet la question suivante : l’Assemblée nationale propose de réécrire des manuels scolaires via une IA générative française pour mettre à jour simplement et à moindre coût les savoirs enseignés. Vous devez débattre de cette proposition pour qu’elle soit ou non acceptée. Chaque participant joue alors un rôle différent ( NDLR : enseignant, data scientist, élu, élève). Cela rend les dilemmes très concrets.
Paroles d’élus : Quels résultats observez-vous sur l’impact de ces ateliers ?
Margaux Levisalles : Nous mesurons l’impact de façon systématique. Aujourd’hui, 90 % des participants déclarent mieux comprendre les enjeux sociaux et environnementaux de l’IA à l’issue de l’atelier. Par ailleurs, 80 % se sentent suffisamment outillés pour devenir eux-mêmes vecteurs d’information sur ces sujets. Je pense que cela témoigne d’une vraie demande citoyenne. Les gens ne veulent plus que l’IA reste un sujet réservé aux experts ou aux directions d’entreprise. Ils veulent pouvoir en débattre collectivement. D’ailleurs, la demande vient autant des utilisateurs de base ; qui testent les outils, se posent des questions éthiques et sollicitent leur organisation ; que des directions elles-mêmes.
Paroles d’élus : Faut-il des compétences techniques pour animer un atelier de la Bataille de l’IA ?
Margaux Levisalles : Absolument pas. La formation est ouverte à tout le monde, sans aucun prérequis. On peut se former en ligne en commençant par découvrir l’atelier. Puis on accède à des ressources théoriques sur les enjeux de l’IA et à des ressources pratiques sur l’animation en pédagogie active. Pour ceux qui le souhaitent, nous proposons également une session blanche, c’est-à-dire une simulation d’atelier dans un cadre convivial avec d’autres animateurs en formation. Les profils sont d’ailleurs très variés : bénévoles issus du monde du numérique, enseignants souhaitant sensibiliser leurs élèves, ou encore acteurs de l’éducation populaire qui cherchent des formats ludiques pour aborder ce sujet avec leurs publics.
Paroles d’élus : Comment Latitudes s’implique-t-elle concrètement dans la Semaine de l’IA pour tous ?
Margaux Levisalles : Nous nous engageons sur deux niveaux. D’une part, nous avons mis en place un parcours de formation express à l’animation de l’atelier. Une session de présentation a déjà réuni 80 inscrits. Et une première session de découverte se tient le 5 mai, avec pour objectif d’être opérationnel avant la semaine. D’autre part, pour ceux qui ne souhaitent pas forcément devenir animateurs, nous proposons régulièrement des sessions de découverte ouvertes à tous. Elles disponibles sur notre site. Au fond, nous attendons trois choses de cette semaine : faire connaître la Bataille de l’IA à de nouveaux publics, mobiliser notre communauté d’animateurs déjà formés mais qui n’ont pas encore sauté le pas, et enfin crédibiliser, à l’échelle institutionnelle, l’idée que la gouvernance de l’IA doit se discuter collectivement, avec les citoyens, pas seulement entre experts.




