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    6 questions à Mikaël Delmas, co-fondateur de Quideos

    Co-fondateur de Quideos, Mikaël Delmas était présent au Salon de l’agriculture pour défendre une solution inédite en Europe : des produits de couverture non spéculatifs, dédiés aux exploitants agricoles, coopératives et industriels. Face à une volatilité des prix qui fragilise chaque année davantage les filières, la startup française propose de sécuriser les prix de vente et d’achat sur plus de 500 produits agricoles. Un mécanisme inspiré des marchés financiers, mais pensé exclusivement pour ceux qui nous nourrissent.

     

    Paroles d’élus : Pouvez-vous nous présenter Quideos en quelques mots ?

    Mikaël Delmas : Quideos, c’est une startup française qui développe des produits de couverture s’apparentant à de l’assurance. Ils permettent de sécuriser le prix de l’ensemble des produits agricoles. Que vous soyez exploitant agricole, coopérative ou acteur industriel, on vous aide à lutter contre la volatilité des prix et à sécuriser vos prix de vente ou d’achat.

    Paroles d’élus : Qu’est-ce qui vous a conduit à créer cette entreprise ?

    Mikaël Delmas : L’idée est née d’un constat simple : les prix agricoles sont devenus de plus en plus volatils et mettent à mal de nombreuses filières. L’exemple le plus récent, c’est le chou-fleur en Bretagne, avec un prix de vente divisé par quatre en quelques semaines. Ce type de choc peut avoir un impact très fort sur des exploitations ou des coopératives. On s’est demandé comment apporter une réponse tangible et concrète à cet enjeu clé de la souveraineté alimentaire et pour la pérennité du monde agricole.

    Paroles d’élus : En quoi votre approche diffère-t-elle des produits financiers existants ?

    Mikaël Delmas : On s’est dit qu’on pouvait développer des produits de couverture comme il en existe sur le Matif pour les produits céréaliers, avec une différence notable : ce que nous proposons est non spéculatif. Cela signifie que les produits que l’on commercialise sont dédiés exclusivement à celles et ceux qui nous nourrissent — soit en produisant des produits agricoles, soit en les transformant. Nous sommes la première entreprise en Europe à proposer cela. Sécuriser le prix d’une tomate, d’une carotte ou d’une carcasse de porc est donc tout à fait nouveau.

    Paroles d’élus : Vos clients s’approprient-ils facilement ce mécanisme ?

    Mikaël Delmas : On a la chance que ces mécanismes existent déjà dans leur culture. Quand on va voir des acteurs industriels, coopératifs ou des exploitants agricoles, on peut leur expliquer que ce que l’on fait s’apparente à ce qu’on trouve sur les marchés listés avec les produits de couverture. La logique leur est familière. Ce qui est nouveau, c’est d’arriver à l’appliquer à des produits aussi concrets qu’une tomate ou une carcasse de porc.

    Paroles d’élus : Quels sont les facteurs qui alimentent cette volatilité des prix ?

    Mikaël Delmas : La volatilité des prix agricoles tient à plusieurs inducteurs. D’une part, le changement climatique — une réalité que l’on constate depuis cinq à six ans, illustrée encore très récemment par les crues dans le Sud-Ouest, qui vont forcément impacter les niveaux de production. D’autre part, le contexte géopolitique, particulièrement chargé ces dernières années, qui a un impact direct sur les cours des produits agricoles.

    Paroles d’élus : Comment votre modèle économique résiste-t-il à ces risques ?

    Mikaël Delmas : La robustesse de notre modèle tient à deux choses. D’abord, on sécurise des intervalles de prix. Sur le porc, par exemple, on fixe une fourchette entre 1,50 € et 1,70 €. Le risque porté par Quideos est plafonné à 20 centimes par kilogramme — on peut le calculer à l’euro près et s’assurer que nos fonds propres couvrent ces risques. Ensuite, on travaille sur un portefeuille de produits très diversifié. Là où le Matif couvre environ quatre céréales, nous intervenons sur 500 à 600 produits. Cette diversification unique nous permet de travailler aussi bien avec des acheteurs que des vendeurs.