[Entretien] 6 questions à Ludoc, réalisateur du documentaire Don’t Go to the Police

Youtubeur et réalisateur, Ludoc a collaboré avec Orange Cyberdefense pour produire Don’t Go to the Police. Ce documentaire de 50 minutes nous plonge au cœur d’une attaque sans précédent qui, en une seule nuit, a paralysé l’entreprise Coaxis dans le Sud-Ouest de la France, avant de se propager de manière systémique jusqu’aux États-Unis et dans une dizaine d’autres pays, impactant indirectement près de 350 000 entreprises. Derrière cette cyberattaque, un groupe de cybercriminels bien connu : LockBit. À l’occasion de l’avant-première, Ludoc est revenu pour Paroles d’élus sur les ambitions de ce projet : un film conçu comme un pont entre les experts en cybersécurité et le grand public. Désormais disponible en anglais et en allemand, le documentaire mise sur une narration immersive pour sensibiliser à la réalité brutale des cybermenaces contemporaines.
Paroles d’élus : D’où est parti le projet Don’t Go to the Police ?
Ludoc : Tout a commencé par des discussions avec les équipes d’Orange Cyberdefense. On cherchait une histoire forte pour parler de cyberdéfense. On a trouvé celle-là, qui semblait banale au départ. Fin 2023, à quelques jours de Noël, une entreprise française, Coaxis, est frappée par une cyberattaque par rançongiciel. Coaxis, ce sont des solutions cloud hébergées dans ses propres datacenters, et parmi ses clients, près de 80 % des experts-comptables de France. Derrière cette première victime, ce sont donc des centaines de milliers d’autres qui suivent. Quand on a commencé à creuser, on a réalisé que l’histoire était complètement folle : un mauvais clic dans le Sud-Ouest, et c’est toute une traque mondiale qui s’enclenche, sur plus de dix pays. Ce milieu est fascinant, encore discret, et beaucoup de gens ignorent qu’il existe. C’est exactement ce genre d’histoire que j’avais envie de raconter.
Paroles d’élus : Le réalisme technique était-il un enjeu central dans la fabrication du film ?
Ludoc : Oui, c’est une priorité sur tous mes documentaires. Là, j’avais la chance de travailler directement avec des experts d’Orange Cyberdéfense. J’envoyais des captures d’écran, des questions précises, et ils me répondaient très vite. Le but était double : que les initiés se disent « c’est crédible, ce n’est pas le hackeur à capuche dans une chambre sombre ».Mais aussi que le grand public comprenne les enjeux sans se perdre. Tous les visuels d’attaques dans le film par exemple sont réels, vérifiés. Ce n’est pas du décor.
Paroles d’élus : Comment avez-vous tenu le rythme entre narration et pédagogie sur seulement 50 minutes ?
Ludoc : C’est le cœur du défi. Les gens regardent un documentaire pour l’histoire d’abord. Donc on construit un fil rouge avec du suspense, de la tension. Et dès qu’on introduit un concept nouveau (NDLR: le phishing ou le ransomware par exemple) on fait une pause pour l’expliquer clairement. Sur la structure France-international, j’ai choisi de faire alterner les deux fils en parallèle plutôt que de les traiter successivement, parce que c’est aussi ce qui s’est passé dans la réalité.
Paroles d’élus : Les personnes que l’on voit à l’écran sont-elles toutes de vrais témoins de l’affaire ?
Ludoc : Oui, à l’exception des reconstitutions jouées par des comédiens pour rendre le récit plus immersif. La société Coaxis a accepté de participer dès le début et de tout nous raconter. On a pu interviewer son dirigeant, la première personne impliquée dans l’incident. Tous les autres intervenants ont été directement mêlés à cette affaire, ou étaient en mesure d’en parler avec précision.
Paroles d’élus : La dimension humaine de l’infiltration vous a-t-elle surpris pendant l’enquête ?
Ludoc : J’avais des a priori au départ. On imagine facilement des machines contre des machines, des algorithmes contre des algorithmes. Mais en travaillant avec Romain Mielc, le journaliste associé au projet, et en menant les interviews entre Washington et New York, on découvre que des humains se trouvent derrière tout ça — des deux côtés. Certains exploitent la faille humaine pour attaquer. D’autres l’exploitent aussi, mais pour infiltrer et comprendre comment l’adversaire raisonne. C’est presque un jeu de séduction, une guerre de confiance autant que de code. Cette dimension-là, je l’ai découverte au fil de l’investigation. Elle m’a particulièrement marqué.
Paroles d’élus : Le film sera diffusé en plusieurs langues et projeté dans des salles européennes. C’est une première pour vous ?
Ludoc : Oui, et c’est quelque chose qui me réjouit vraiment. La diffusion principale se fera sur YouTube, sur ma chaîne, pour être accessible au plus grand nombre. Quand je fais un documentaire, je veux que ma mère puisse le voir et le partager. Mais comme le sujet touche de nombreux pays. On a interviewé des gens en Suède, aux États-Unis, à Londres, en Allemagne , on l’a traduit en anglais et en allemand. Des projections en salles auront lieu en Europe. Se limiter au public francophone aurait été dommage, pour une histoire aussi internationale.
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