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Sommaire de l’article
    Citoyens et société

    Hugo Biolley : « Il faut redonner confiance aux territoires ruraux par la planification locale »

    Rencontré lors du congrès des Maires Ruraux de France à Poitiers, Hugo Biolley, maire de Vinzieux et plus jeune maire de France, incarne une nouvelle génération d’élus engagés pour revitaliser les territoires ruraux. Quelques semaines après cet échange avec Paroles d’élus, le jeune édile de 24 ans vient de publier une contribution remarquée dans la Collection du Plan du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan. Dans ce document intitulé « Planification et ruralité, une histoire de confiance », il propose une refonte ambitieuse de la politique de la ruralité en s’inspirant des méthodes de la politique de la ville. Entre dynamisme local et vision structurelle, Hugo Biolley trace les contours d’une ruralité innovante et solidaire.

     

    découvrir la publication« Planification et ruralité, une histoire de confiance »

    Un engagement précoce au service de la ruralité

    À seulement 24 ans, Hugo Biolley porte déjà un regard mature sur les enjeux territoriaux. Élu maire de Vinzieux en 2020 à l’âge de 18 ans, il raconte avec simplicité les débuts de son engagement : « J’ai réussi à me faire élire déjà parce que je me suis présenté. J’ai réuni une équipe, on a fait campagne. J’avais 18 ans à l’époque. En fait, j’ai grandi dans ce village et j’avais envie de me sentir utile et de mettre un petit peu les mains dans le moteur. »

    Cette volonté d’action se traduit rapidement par des résultats concrets. Lors du congrès de l’AMRF à Poitiers, il témoignait de son enthousiasme : « C’est un mandat passionnant. Et d’ailleurs, c’est ce que je retiens de ce congrès. Aussi, c’est tellement de dynamisme des différents maires que l’on croise. Oui, certes, on a des problèmes. Certes, c’est difficile. Mais en fait, on se rend compte qu’on a encore plus de solutions que de problèmes. »

    Vinzieux : laboratoire d’une ruralité dynamique

    Le travail accompli à Vinzieux illustre parfaitement la philosophie du jeune maire. Face au constat d’un village qui risquait de devenir « un village dortoir », Hugo Biolley et son équipe ont choisi l’offensive. « On avait envie que ça change et  on s’est engagé pour essayer de créer du dynamisme », nous expliquait-il.

    Les actions menées sont multiples. Sur la vie associative, la commune a accueilli des jeunes en service civique avec l’association InSite. Sur le commerce, le village a rouvert son premier commerce après 50 ans d’absence. Le maire travaille également sur ce qu’il nomme, avec une pointe d’audace, « une opération de revitalisation rurale » : « Ça n’existe pas, ça n’existe nulle part, mais en fait, quand on est maire et qu’on a des bâtiments communaux qui sont en train de tomber en décrépitude et qu’on se demande par lequel on commence et comment est-ce qu’on fait pour restructurer un centre-bourg, on n’a pas toutes les aides et toute la palanquée d’ingénierie qui nous est payée, mais par contre, on se débrouille avec nos petits moyens du bord. »

    De l’expérience locale à la réflexion nationale

    Cette expérience de terrain nourrit directement la contribution d’Hugo Biolley au plan « Planification et ruralité, une histoire de confiance ». Dans ce document publié en janvier 2026 par le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, le jeune maire dresse un constat sans concession de la fracture territoriale française.

    Son diagnostic est clair : « Dans les villages, c’est le sentiment d’abandon qui domine. » Les chiffres qu’il cite sont éloquents : « Loin des réalités médiatiques ou politiques, les ruraux se sentent mal représentés, que ce soit dans les médias (51 % se sentent mal représentés à la télévision, 56 % dans la presse nationale), au gouvernement (68 %) et même au Sénat, chambre des territoires (61 %). Ces chiffres, toujours hauts, traduisent un sentiment d’abandon et de déconnexion qui dépasse le simple désamour démocratique.

    88 % des communes françaises sont rurales

    Dans la ruralité, entre les petites villes et les grands champs se joue une transformation brutale des modes de production et des services publics. Le match des gagnants contre les perdants de la mondialisation se solde par une disproportion de moyens, à l’avantage des zones densément peuplées et au détriment des espaces agricoles. Pourtant, 88 % des communes françaises sont rurales et 33 % de la population française y vit. Sous-estimer cette réalité, c’est oublier la fonction nourricière, paysagère et patrimoniale de la ruralité.

    La proposition centrale du document est ambitieuse : s’inspirer de la politique de la ville pour construire une véritable politique de la ruralité.

    Cinq propositions pour transformer la ruralité

    ainsi, Hugo Biolley formule cinq propositions concrètes pour refonder la politique de la ruralité. Le maire préconise d’abord de donner aux préfectures et sous-préfectures les moyens d’exercer un réel pouvoir de dérogation; l’objectif ? permettre de débloquer des situations locales notamment en matière d’urbanisme. Il propose ensuite la création de comités de planification rurale et ultra-rurale dans chaque arrondissement, véritables espaces de dialogue réunissant l’État, les collectivités, les financeurs et les opérateurs. Ces comités auraient pour mission de fusionner la gestion et la distribution des fonds d’État et européens, simplifiant ainsi le parcours administratif des élus. À l’échelle nationale, Hugo Biolley appelle à créer un Observatoire national des politiques de la ruralité, pendant de l’Observatoire de la politique de la ville, pour agréger les données et partager les expériences. Enfin, il plaide pour une grande loi sur la ruralité qui aborderait de front les questions de compétences, de financements et d’organisation territoriale. Ces propositions s’appuient sur une conviction forte : « Nous avons besoin de faire confiance aux acteurs d’un territoire pour les faire discuter et décider ensemble de leurs politiques publiques. »

    Une vision positive de la ruralité

    Ce qui frappe dans l’approche d’Hugo Biolley, c’est son refus d’une vision misérabiliste de la ruralité. « Plutôt que d’envisager les territoires comme des provinces défavorisées qu’il s’agirait de soutenir, rappelons que les ruralités sont innovantes, dynamiques, solidaires et joyeuses », écrit-il dans sa contribution.

    Cette posture positive transparaît également dans ses échanges avec John Billard, vice-président de l’AMRF, lors du congrès de Poitiers. Ce dernier soulignait l’importance de préparer la relève. « C’est important le combat que l’on mène en ce moment sur les jeunes, parce qu’il faut qu’on prépare nos successions. » Et d’ajouter à propos du témoignage d’Hugo. « Si lui n’arrive pas à faire passer le message chez nos jeunes… qui peut le faire passer mieux que lui ? »

    Hugo Biolley incarne effectivement cette capacité à inspirer. Comme il le rappelait à Poitiers : « J’aime bien raconter cette histoire. Oui, on peut avoir 18 ans, s’engager, être motivé, s’entourer et faire des trucs derrière. Et y arriver. » Preuve aussi qu’engagement local et réflexion structurelle nationale peuvent se nourrir mutuellement.