Alain Rousset : « La Nouvelle-Aquitaine est un laboratoire d’innovations au service des territoires »

À l’occasion des dix ans de la Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, président de la région, a accordé un entretien à Paroles d’élus. Il revient sur les réalisations majeures de cette décennie et dessine les contours des grands projets d’avenir. Tourisme social, dirigeables, cybersécurité ou informatique quantique : la région se positionne comme un territoire d’expérimentation et d’innovation.
Paroles d’Élus : La Nouvelle-Aquitaine fête ses dix ans. Quel bilan tirez-vous de cette décennie ?
Alain Rousset : Un bilan très positif. La création de cette grande région a reconstitué d’une certaine manière l’Aquitaine historique d’Aliénor. Malgré la diversité des paysages et des terroirs, il y a une vraie cohérence territoriale. Cette puissance de feu nous a permis de mener de grands dossiers. On a sauvé et réhabilité des lycées : 46 millions d’euros pour le lycée de Felletin dans la Creuse, 14 millions pour Le Huy à La Souterraine avec le département. À Limoges, nous avons créé un laboratoire unique qui regroupe quatre laboratoires sur la santé globale, le « One Health ». C’est un enjeu d’avenir : comment prévenir et lutter contre les maladies émergentes comme la Covid-19, qui vient d’un animal ?
Paroles d’Élus : Le tourisme représente un poids économique majeur pour votre région ?
Alain Rousset : Absolument. Nous sommes la première région touristique de France. Le secteur génère 140 000 emplois et 12 milliards de chiffre d’affaires. C’est notre premier secteur économique, avec 30 millions de nuitées. Le ruissellement s’étend sur tout le territoire, pas seulement sur la côte. Pensez à la cité d’Aubusson par exemple. Notre réflexion porte sur l’accompagnement des entreprises touristiques en fonds propres. Elles ont souvent peu de ressources. Quand elles veulent moderniser un camping ou une hôtellerie, les banques demandent des garanties. Nous avons donc mis en place avec la Caisse des dépôts une structure de fonds d’investissement pour les aider.
Paroles d’Élus : « Le tourisme social » est aussi un sujet qui vous tient à coeur. Pourquoi est-ce important ?
Alain Rousset : Plus de 40 % de nos concitoyens ne partent pas en vacances. Partir en vacances, c’est s’inspirer, se ressourcer. C’est aussi être plus présent au travail le reste de l’année. Le droit aux vacances, on en a beaucoup parlé au Front populaire, mais aujourd’hui on n’en parle plus. C’est pourtant une condition de respiration sociale. La région est très attentive à cette possibilité. Nous voulons offrir des lieux de bon niveau tout en permettant à tout le monde de partir en vacances.
Paroles d’Élus : CEs 10 ans sont l’occasion de mettre en avant de beaux projets. Flying Whales est spectaculaire à plus d’un titre. Comment est-il né ?
Alain Rousset : On n’y a pas cru tout de suite, je l’avoue. Dans mon ancien métier, j’ai souvent reçu des ingénieurs qui voulaient recréer les dirigeables. C’est le président de la République qui m’a un peu convaincu, ainsi que les responsables de Flying Whales. Les forestiers avaient besoin d’exploiter le bois dans des zones sensibles. Mais ce sont aussi les pylônes d’EDF, les pales d’éoliennes qu’on va transporter. Ce sont des milliers de camions sortis de la route. La région s’est engagée pour plus de 60 millions d’euros. C’est 300 emplois directs dans le Blayais, une zone en souffrance sur le plan du chômage, et 300 emplois indirects. Imaginez : on a l’aviation, l’espace, l’hélicoptère, et on aura un troisième secteur avec le dirigeable. Pour les refuges des Pyrénées, ça coûtera sept à huit fois moins cher qu’un hélicoptère.
Paroles d’Élus : Le numérique occupe une place importante dans votre stratégie régionale ?
Alain Rousset : Bien sûr. Je me suis battu pendant des années pour faire venir l’INRIA, l’Institut National de la Recherche Informatique et Appliquée. Nous avons des équipes à Poitiers, Bordeaux, Limoges. Nous avons créé un cluster sur la cybersécurité. Je suis particulièrement inquiet de notre dépendance aux États-Unis sur nos informations de santé. La sécurité numérique est un problème majeur. Il faut accompagner les data centers et les entreprises du numérique pour qu’ils offrent des dispositifs sûrs. Nous attirons aussi beaucoup d’entreprises dans la santé qui utilisent l’intelligence artificielle pour accompagner les médecins entre la pathologie du patient et les soins.
Paroles d’Élus : Vous travaillez déjà sur les technologies de demain ?
Alain Rousset : Oui. Nous sommes sur une étape qui prendra peut-être 15 ou 20 ans : le quantique. Nous avons un laboratoire incroyable à Limoges et une équipe à Bordeaux. Et nous sommes présents dans cette étape suivante.





