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    Depuis Agen, Villes Internet appelle à placer le numérique au cœur des programmes municipaux 2026

    Le 7ème congrès des élus au numérique, organisé par Villes Internet, s’est tenu à Agen ces 29 et 30 janvier, rassemblant 270 congressistes et 213 collectivités labellisées. À quelques semaines des municipales, le timing de cet événement n’est pas anodin. « Le numérique ne doit pas être l’oublié des programmes portés par les candidats », a insisté Mathieu Vidal, président de Villes Internet, lors d’un point presse.

    Un congrès qui prend de l’ampleur

    Pas moins de 270 congressistes ont fait le déplacement à Agen, confirmant l’intérêt croissant des élus pour les questions numériques. Mais cette édition a également marqué une ouverture inédite à de nouveaux partenaires et à des publics rarement conviés aux rencontres nationales d’élus. « Depuis l’an dernier, notre congrès a évolué. En plus des nombreux échanges entre nous et du succès de la labellisation, nous avons souhaité une ouverture sur le territoire », a expliqué Mathieu Vidal, président de Villes Internet.

    Cette nouvelle approche s’est concrétisée par la participation de 310 lycéens et 70 élèves de primaire. Un programme spécifique leur a été proposé, avec notamment la projection du film TKT qui retrace l’histoire d’une adolescente de 16 ans prise dans un engrenage de harcèlement scolaire la conduisant à un point de non-retour, suivie d’un débat nourri. Plusieurs ateliers ont également permis aux plus jeunes de découvrir divers outils numériques.

    De l’Internet à l’intelligence artificielle : une mutation profonde

    L’évolution de l’association, née il y a 27 ans, reflète les mutations technologiques de la société. « Si l’association s’appelle Villes Internet, ça a en effet beaucoup évolué », a reconnu Gil Avérous, parrain de ce congrès. « Aujourd’hui, on n’est plus à l’Internet du début… de ce qu’on appelait les nouvelles technologies de l’information et de la communication, les TIC. Nous sommes passés à une dimension bien différente avec l’intelligence artificielle aujourd’hui qui continue à bousculer nos habitudes du quotidien. »

    Cette transformation ne se limite pas aux outils. De fait, elle concerne l’ensemble des problématiques territoriales. « Des sujets dont on ne parlait pas encore il y a 5-6 ans », souligne le maire de Châteauroux, citant notamment « les sujets de sécurité, de cybersécurité, de protection des données, d’hébergement des données aussi, l’impact des data centers ».

    Une diversité de territoires, des enjeux communs

    L’association Villes Internet se distingue aussi par sa capacité à réunir des collectivités de toutes tailles. « Ville Internet va de la petite commune de 45 habitants jusqu’à l’euro-métropole de Strasbourg, qui a plus de 600 000 habitants », a précisé Mathieu Vidal. La majorité des communes membres comptent moins de 10 000 habitants, bien que la tranche de 10 000 à 30 000 habitants soit également largement représentée.

    Cette diversité constitue une richesse pour l’association. « Nous avons  toute une variété de territoires, d’enjeux communs et également de temps en temps il nous faut trouver les plus petits dénominateurs communs pour accompagner toutes ces collectivités », explique le président. L’association se veut aussi transpolitique. « Ville Internet, à plus de 25 ans, ce qui explique son nom, est une association thématique transpolitique. Autour de la table, il y a tout le monde », a confirmé Mathieu Vidal.

    Palmarès 2026 : 213 collectivités récompensées

    Le congrès a été l’occasion de dévoiler le palmarès de la 27ème édition du Label « Territoires, Villes et Villages Internet ». Un rendez-vous attendu qui valorise les initiatives numériques locales et fait, depuis un quart de siècle, la renommée de Villes Internet. Cette année, 213 collectivités ont décroché le précieux sésame, de 1 à 5 arobases selon leur niveau d’engagement numérique.

    Au total, près de 4,6 millions d’habitants sont concernés par ces labellisations : 165 villes, 40 villages et 8 territoires intercommunaux regroupant 480 communes. Toutes les régions métropolitaines et la plupart des territoires ultramarins sont représentés, l’Île-de-France arrivant en tête avec 45 collectivités labellisées, suivie des Hauts-de-France (28) et de Provence-Alpes-Côte d’Azur (23).

    « Le Label est comme une bannière sur le fronton des mairies, signifiant son implication dans le déploiement de services publics numériques et la défense d’un numérique citoyen. C’est l’action au quotidien des élus et des agents, dans l’intérêt général des citoyens, qui est ainsi reconnue et valorisée », a souligné Mathieu Vidal.

    Le jury a distingué plus particulièrement 10 collectivités, en leur décernant le titre de « Territoire d’Excellence Numérique » : Dijon, Elven, Épernay, Boulogne-sur-Mer, L’Isle-Adam, Le Pré-Saint-Gervais, Bassens, Sucé-sur-Erdre, Bormes-les-Mimosas et Saint-Martin-de-Crau. Ce titre, créé en 2021 et attribué pour trois ans, récompense les collectivités labellisées 5 arobases pendant plus d’un mandat électoral.

    Près de 15 000 fiches actions partagées

    Derrière ces chiffres se cache aussi une richesse considérable : les 213 collectivités récompensées ont publié 14 930 fiches décrivant leurs actions de politique publique numérique, dont plus de 3 000 identifiées comme nouvelles. L’ensemble de ces initiatives est accessible via la plateforme Atlaas de Villes Internet, qui centralise plus de 28 000 actions répertoriées, géolocalisées et classées autour de 16 enjeux de développement du territoire.

    « Ces chiffres sont globalement stables d’une année sur l’autre et témoignent du fait que les initiatives dans le domaine du numérique ne sont pas l’apanage des plus grandes villes », analyse Didier Desponds, président du jury et professeur en géographie urbaine et sociale à CY Cergy Paris Université. « S’inscrivant dans la durée longue d’un quart de siècle, le label fonctionne comme un révélateur des mutations en cours. Les initiatives mises en œuvre peuvent à leur façon contribuer à résorber les multiples fractures de nos sociétés, qu’elles soient sociales, générationnelles ou spatiales. »

    Quatre grands engagements pour structurer l’action

    Cette édition 2026 a aussi été marquée par 6 ateliers thématiques, chacun correspondant à un grand enjeu. Premier engagement : garantir l’égalité de l’accès au numérique, une priorité face à l’illectronisme qui touche encore de nombreux concitoyens. « La politique du aller-vers aujourd’hui, l’illectronisme, des sujets dont on parlait encore trop peu  il y a 5-6 ans », rappelle Gil Avérous.

    Deuxième engagement : accompagner la stratégie numérique face à l’urgence climatique. Troisième axe : piloter les services numériques avec les collectifs. Enfin, quatrième engagement : prévenir et réduire durablement les risques numériques. « Il faut en maîtriser le potentiel, mais il faut aussi en connaître les limites de cette intelligence artificielle. Il faut accompagner au changement nos concitoyens, mais également nos agents et nos élus », insiste Mathieu Vidal, ajoutant : « Et garder au cœur des enjeux les questions de souveraineté. »

    Chaque atelier avait pour objectif de produire une proposition concrète. « Nous allons présenter le fruit de ce travail collectif à Madame la Ministre dans quelques jours », a indiqué le président, faisant référence à Anne Le Hénaff, ministre qui connaît bien l’association pour en avoir été vice-présidente.

    Le partage d’expériences comme ADN de l’association

    Le maire d’Agen a rappelé, à l’occasion d’un point presse, l’importance historique de Villes Internet. « Dès les années… de la vague internet, on a pris conscience de l’importance de ce qu’allait être comme bouleversement économique, social, sociétal. Et donc on s’est dit, il faut qu’on soit dans une famille de villes qui partagent avec nous cette conviction, et se vivre un peu comme une avant-garde », a expliqué Jean-Dionis du Séjour.

    Cette dimension d’avant-garde se double d’une fonction essentielle : le partage des bonnes pratiques. « Le milieu des collectivités locales, c’est un milieu qui est beaucoup moins normé que celui de l’État. On a une autonomie locale. Et donc, il y a des gens qui, s’ils veulent s’engager, peuvent aller plus loin que les autres. Donc, dans ce milieu-là, le repérage des bonnes pratiques et le partage des bonnes pratiques est vraiment absolument stratégique », souligne le maire.

    Gil Avérous confirme cette valeur ajoutée.  « Ce matin, j’étais dans un atelier où un maire disait ; moi, ça fait trois années de suite que je viens ici. Et je ne louperais ça pour rien au monde. » Et d’ajouter : « C’est là, dans ces ateliers que l’on trouve les informations qui nous sont essentielles. Elles nous permettent d’avancer plus loin. Mais aussi plus efficacement, dans un monde qui va toujours de plus en plus vite. »

    Faire sortir le numérique de l’ombre des programmes municipaux

    L’association poursuit une ambition claire pour les prochaines élections municipales. « Nous sommes à un moment charnière avec ces élections municipales. Le numérique se doit d’être au cœur des enjeux et des débats. Et bien plus qu’il ne l’est en fait », affirme Mathieu Vidal. « La sensibilité d’un maire au sujet des questions numériques a des conséquences sur la vie des citoyens au quotidien. »

    Et si les collectivités présentes au congrès sont « des bons élèves ou des modèles », l’objectif est d’aller plus loin. « On voudrait aussi que ces collectivités à l’avenir puissent infuser dans leur territoire. Avec leurs bonnes pratiques et permettre à la fois par la mutualisation. Mais aussi permettre aux petits collectivités, moins embarquées dans le numérique, de prendre le train qui est indispensable. »

    La stratégie pour 2026 reste en partie à dévoiler. « On attend évidemment le passage des municipales pour en dire davantage », a précisé le président. Une chose est certaine : Villes Internet entend bien accompagner les nouvelles équipes municipales dans leur transition numérique. Et pour cela, avec l’ambition d’être « une pépinière » d’élus sensibilisés à ces enjeux cruciaux pour l’avenir des territoires.