Régions de France : la décentralisation comme rempart face aux crises

Les présidents de région réunis à Paris ce mercredi pour les voeux de l’association ont affiché leur unité et leur détermination. Face aux crises agricole et budgétaire, Carole Delga et Renaud Muselier plaident (à nouveau) pour une décentralisation renforcée et rappellent le rôle stabilisateur des régions dans un contexte national fragile.
L’accompagnement des entreprises, priorité des régions
Alors que 2026 est pour les régions l’année de leur 10 ans, leur efficacité n’est plus à prouver. Ainsi, les régions intensifient leur soutien aux PME confrontées aux défis de l’innovation et de la transition écologique. Carole Delga a souligné en ce sens dans son discours l’importance de simplifier les dispositifs d’aide. « Nous devons avoir cette agilité et permettre à l’ensemble de nos petites et moyennes entreprises » de répondre aux enjeux de numérisation, d’intelligence artificielle et de développement durable, a-t-elle déclaré. Les régions défendent également la souveraineté de production, tant agricole qu’industrielle et énergétique.
La présidente de Régions de France a insisté également sur la nécessité d’adapter les modalités d’intervention aux réalités territoriales. « Nous avons la maturité politique pour avoir des politiques d’expérimentation et de différenciation », a-t-elle affirmé. Cette approche permettrait d’atteindre l’objectif républicain d’égalité tout en tenant compte des situations locales.
La crise agricole, révélateur d’une fracture territoriale
À quelques jours du Salon de l’Agriculture, la filière agricole traverse une période particulièrement difficile. Ce dossier préoccupe tout particulièrement les élus régionaux, en première ligne auprès des agriculteurs. Comme l’a d’ailleurs souligné sa Présidente, l’Occitanie enregistre le revenu agricole le plus faible de France. Et la dermatose bovine a constitué un choc supplémentaire pour des exploitants déjà fragilisés. « C’était le coup de trop, c’était basculer de la misère au désespoir », a témoigné Carole Delga.
Au-delà des difficultés économiques, la crise agricole traduit un sentiment de relégation. « La contestation qu’il y a même dans les grands syndicats » montre une rupture entre la base et les directions, symptôme d’une gouvernance trop centralisée. Pour la présidente de Régions de France, cette situation alerte sur le risque de montée du populisme. « Quand un peuple ou un territoire se sent méprisé, relégué, ignoré, c’est le vote extrême qui est dynamique », a-t-elle averti.
L’instabilité budgétaire nationale, un danger pour les territoires
Un temps de questions-réponses avec la presse a permis également d’interroger la Présidente des Régions de France sur l’absence de budget. « Cela a déjà coûté trois milliards d’euros à la France (…) Le fait de ne pas avoir de budget, de prolonger les débats » fragilise la confiance économique et citoyenne. Si Carole Delga respecte le temps parlementaire, elle estime qu’il faut désormais trancher. « À un moment, il faut trancher, et si prochainement il n’y a pas une issue d’un budget voté, le Premier ministre a des moyens fixés par la Constitution. »
Orientation scolaire et aides économiques : des négociations en cours
Autre point abordé, les régions ont obtenu récemment une ouverture sur la régionalisation de l’orientation scolaire. Le système actuel « n’est pas performant » car le choix des études reste trop corrélé aux origines sociales. Les régions, qui font le lien entre éducation et entreprise, proposent de prendre en charge cette mission. Sur les aides aux entreprises, les discussions débutent avec le gouvernement. La PAC, intégrée dans un budget unique avec les fonds de cohésion, constitue également un enjeu majeur pour porter une voix française unie à Bruxelles.
Les régions, pôles de stabilité au service des territoires
Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a rappelé à son tour l’engagement des régions. « Nous sommes un pôle de stabilité », a-t-il affirmé. Malgré les turbulences nationales, les régions assument leurs responsabilités. « On n’est pas riches, contrairement à ce que j’entends toujours par Bercy ou par les autres. Par contre, on est responsables et on sait compter. »
Et de rappeler que les présidents de région, quelles que soient leurs appartenances politiques, travaillent ensemble « au service de nos territoires et de notre pays ». Ils ont démontré leur capacité à contribuer aux efforts budgétaires successifs tout en préservant leurs compétences. « Dans les régions françaises, il y a une disposition de notre pays pour essayer d’entretenir les pays qui sont en situation de police », a souligné Renaud Muselier.
Le président de la région PACA a également défendu la bonne utilisation des fonds européens. « Nous consommons les fonds européens, nous avons mis en place des dispositifs qui font en sorte que nos régions sont capables de les récupérer. » Les régions ont adapté leur structure de gestion aux nouvelles priorités européennes, centrées désormais sur la souveraineté industrielle, le déplacement militaire et l’organisation structurelle.


